Ramadan : une hausse des dépenses qui ne reflète pas forcément un gain de pouvoir d’achat

Chaque année, le mois de Ramadan entraîne une hausse notable des achats alimentaires, notamment dans la grande distribution. Le panier moyen peut augmenter de 15% à 20%, accompagné d’une fréquentation plus importante des magasins.
Mais selon l’économiste et statisticien Mounir Elatrachi, cette dynamique ne traduit pas forcément une amélioration du pouvoir d’achat des ménages.
Une consommation déplacée dans le temps
Pour l’expert, le Ramadan correspond surtout à une réallocation des dépenses dans le temps plutôt qu’à une véritable augmentation de la consommation annuelle.
Une partie des achats réalisés pendant cette période correspond à des dépenses anticipées ou concentrées sur quelques semaines, qui auraient été effectuées plus tard dans l’année.
Autrement dit, l’activité commerciale augmente temporairement, sans nécessairement créer de richesse supplémentaire.
Des budgets sous pression
L’augmentation des dépenses alimentaires ne s’accompagne pas d’une hausse du revenu disponible. Les ménages ajustent souvent leur budget en réduisant d’autres dépenses, comme les loisirs, l’équipement ou certaines dépenses de santé non urgentes.
Ce phénomène illustre la fragilité persistante du pouvoir d’achat, en particulier pour les ménages modestes et une partie de la classe moyenne.
Promotions et marges sous tension
Pour les enseignes de grande distribution, le Ramadan représente une période de forte activité, marquée par des campagnes promotionnelles importantes.
Ces promotions permettent d’attirer davantage de clients, mais elles peuvent aussi réduire les marges. Le véritable enjeu pour les enseignes consiste alors à transformer ces nouveaux clients en consommateurs fidèles tout au long de l’année.
Grande distribution et commerce de proximité
Contrairement à l’idée d’une concurrence directe, l’économiste souligne la complémentarité entre grande distribution et commerce traditionnel.
Les grandes surfaces captent surtout la demande pour les produits stockables et les promotions, tandis que les commerces de quartier restent privilégiés pour les produits frais, les achats quotidiens et parfois le crédit informel.
Un révélateur des tensions économiques
Au final, le Ramadan agit comme un révélateur des contraintes budgétaires des ménages et des tensions dans les circuits de distribution.
Plus qu’un moment d’expansion de la consommation, le mois sacré met en lumière les arbitrages financiers auxquels sont confrontés de nombreux foyers.
Avec Le360
