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Maroc rural: chômage doublé, pauvreté en hausse… le grand décrochage des campagnes inquiète

Le Maroc fait face à une réalité de plus en plus préoccupante : derrière les performances économiques des grandes métropoles, une partie importante du territoire continue de s’enfoncer dans la précarité. C’est le principal enseignement d’une étude de l’Institut marocain d’analyse des politiques (MIPA), qui met en lumière l’aggravation des écarts entre villes et campagnes au cours de la dernière décennie.

Le chiffre le plus marquant concerne l’emploi. Entre 2014 et 2024, le taux de chômage en milieu rural est passé de 10,5 % à 21,4 %, soit un doublement en dix ans. Une évolution spectaculaire qui traduit l’affaiblissement progressif des économies rurales sous l’effet combiné de la sécheresse, du recul de l’activité agricole, du manque d’infrastructures logistiques et de la faiblesse des investissements productifs.

Cette dégradation du marché du travail s’accompagne d’une montée de la pauvreté multidimensionnelle. Dans les campagnes, celle-ci est passée de 5,1 % à 9,7 % sur la même période, tandis que la vulnérabilité économique atteint désormais 22,4 % de la population rurale. À l’inverse, les indicateurs urbains apparaissent globalement plus favorables, accentuant l’image d’un pays évoluant à deux rythmes.

Une fracture qui dépasse la seule question des revenus

L’étude montre que les inégalités territoriales ne se limitent plus au pouvoir d’achat. Elles concernent désormais l’ensemble des services essentiels.

L’accès à la santé reste particulièrement problématique. La densité médicale en milieu rural demeure très faible, avec moins d’un médecin pour 10.000 habitants dans certaines zones. Les conséquences se reflètent dans les indicateurs sanitaires : la mortalité maternelle rurale demeure plus de deux fois supérieure à celle observée dans les villes, tandis que les habitants des campagnes doivent souvent parcourir plusieurs kilomètres pour accéder à un centre de soins.

Le constat est similaire dans l’éducation, où les écarts en matière d’équipements, de ressources humaines et d’accès au numérique continuent de pénaliser les territoires éloignés.

À cela s’ajoute la pression croissante sur les ressources hydriques. La raréfaction de l’eau affecte directement l’agriculture, principale source de revenus de nombreuses régions rurales, et accélère les mouvements migratoires vers les centres urbains.

Une nouvelle stratégie de rééquilibrage territorial

Face à cette situation, les pouvoirs publics préparent une nouvelle génération de Programmes de développement territorial intégré (PDTI), inspirés des orientations fixées par le discours royal du 29 juillet 2025.

L’objectif est de corriger les déséquilibres accumulés autour de quatre priorités : l’emploi, les services sociaux, la mise à niveau territoriale et la gestion durable de l’eau.

Pour financer cette nouvelle phase, l’État a créé un Fonds de développement territorial intégré doté de 20 milliards de dirhams, auquel s’ajoutent les ressources issues du compte d’affectation spéciale alimenté par une partie de la TVA destinée aux collectivités territoriales.

Le retour en force du ministère de l’Intérieur

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne toutefois la gouvernance de ces futurs programmes.

Contrairement à la logique de régionalisation avancée promue depuis la Constitution de 2011, le pilotage des nouveaux dispositifs est largement recentralisé autour du ministère de l’Intérieur, qui devient l’ordonnateur du nouveau fonds et supervise l’ensemble du processus.

Le choix de la province comme principal échelon d’intervention traduit cette évolution. Si cette approche peut améliorer la proximité avec les besoins locaux, elle soulève également des interrogations sur la place réelle accordée aux collectivités élues et aux conseils régionaux dans la définition des priorités.

Pour le MIPA, le risque est de voir les élus réduits à un rôle de cofinanceurs ou de simples instances consultatives, alors même que la Constitution leur confère des responsabilités importantes en matière de développement territorial.

Un enjeu économique autant que social

Au-delà de la question institutionnelle, le rapport met en évidence un enjeu majeur pour les années à venir : la capacité du Maroc à éviter l’installation durable d’une économie à deux vitesses.

La montée du chômage rural, la persistance des déficits d’infrastructures et les écarts d’accès aux services publics constituent aujourd’hui des freins à la cohésion nationale mais aussi à la croissance économique elle-même. Car une partie importante du potentiel productif du pays reste sous-exploitée.

Le défi des futurs programmes territoriaux ne sera donc pas uniquement budgétaire. Il consistera surtout à transformer les investissements publics en véritables moteurs de création de richesse locale, d’emploi et de services de proximité. C’est probablement sur ce terrain que sera jugée l’efficacité de la prochaine génération de politiques territoriales.

Avec Barlamane

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