
Le travail des enfants continue de constituer une réalité préoccupante au Maroc. Selon les dernières données publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), près de 103.000 enfants âgés de 7 à 17 ans exerçaient une activité économique en 2025, soit 1,3 % de cette tranche d’âge. Si ce taux demeure relativement faible à l’échelle nationale, les chiffres révèlent surtout une concentration du phénomène dans les zones rurales, où il reste étroitement lié à la pauvreté, à la déscolarisation et à la vulnérabilité des ménages.
L’étude montre que le travail des enfants conserve un profil très marqué : près de neuf enfants concernés sur dix sont des garçons, près de 90 % ont entre 15 et 17 ans, et plus des trois quarts vivent en milieu rural. Surtout, la quasi-totalité des enfants au travail ont quitté prématurément le système scolaire. Seuls 11 % poursuivent encore leurs études, tandis que 88 % sont déscolarisés.
Ces chiffres mettent en évidence le lien direct entre décrochage scolaire et entrée précoce dans la vie active. Plus qu’un simple phénomène économique, le travail des enfants apparaît ainsi comme un indicateur des difficultés rencontrées par certaines catégories de la population pour accéder durablement à l’éducation et à la mobilité sociale.
L’agriculture demeure de loin le principal secteur employeur de mineurs. Dans les campagnes, près de sept enfants au travail sur dix exercent dans les activités agricoles, forestières ou de pêche. Cette situation reflète le poids des exploitations familiales dans l’économie rurale, où les enfants participent souvent aux travaux agricoles en tant qu’aides familiaux plutôt que comme salariés déclarés.
En milieu urbain, le profil est différent. Les services, l’artisanat, les petits commerces et certaines activités industrielles concentrent l’essentiel du travail des mineurs. Les formes d’emploi y sont davantage salariées ou liées à l’apprentissage.
Le constat le plus préoccupant concerne toutefois les conditions dans lesquelles ces enfants travaillent. Le HCP estime que 59.000 d’entre eux, soit près de 58 % des enfants actifs, exercent des tâches considérées comme dangereuses pour leur santé, leur sécurité ou leur développement. Ces activités concernent notamment le bâtiment, certaines branches industrielles, les services et une partie des travaux agricoles.
Cette proportion particulièrement élevée souligne que le défi n’est plus seulement de réduire le nombre d’enfants au travail, mais également d’éliminer les formes les plus dangereuses d’exploitation économique des mineurs.
L’analyse des ménages concernés apporte également des enseignements importants. Le phénomène touche environ 73.000 foyers marocains, principalement en milieu rural. Plus la taille du ménage augmente, plus le risque de voir un enfant entrer prématurément sur le marché du travail devient important. De même, le niveau d’instruction du chef de famille apparaît comme un facteur déterminant : le travail des enfants est nettement plus fréquent dans les ménages dont le responsable est peu ou pas scolarisé.
Ces données confirment que le travail des enfants constitue avant tout une conséquence des fragilités socio-économiques. Il se concentre dans les familles les plus exposées à la précarité, notamment celles vivant de l’agriculture ou de petits emplois informels.
Les résultats publiés par le HCP montrent néanmoins que le Maroc a considérablement réduit ce phénomène au cours des deux dernières décennies. Les effectifs actuels restent très inférieurs à ceux observés au début des années 2000. Toutefois, l’existence de plus de 100.000 enfants actifs, dont une majorité exposée à des travaux dangereux, rappelle que les défis liés à l’éducation, au développement rural et à la protection sociale demeurent au cœur des politiques publiques.
La lutte contre le travail des enfants apparaît ainsi moins comme une question de contrôle du marché du travail que comme un enjeu de réduction de la pauvreté, de maintien scolaire et d’inclusion territoriale.
Avec Barlamane
