France: après vingt ans d’essor, la consommation de fruits et légumes bio marque le pas

Après deux décennies de progression continue, la consommation de fruits et légumes issus de l’agriculture biologique en France montre des signes clairs d’essoufflement. Une analyse publiée en décembre 2025 par FranceAgriMer met en évidence une rupture de tendance à partir de 2020, avec des volumes achetés en recul malgré une offre bio largement installée dans les circuits de distribution.
Basée sur les données de consommation des ménages entre 2005 et 2024, l’étude révèle que la dynamique de croissance du bio, longtemps portée par l’augmentation de l’offre et l’évolution des habitudes alimentaires, a été freinée par les contraintes économiques pesant sur le pouvoir d’achat.
Des achats fortement conditionnés par le revenu et l’âge
FranceAgriMer souligne que les comportements d’achat restent fortement corrélés aux revenus et à l’âge. Les ménages les plus aisés consomment nettement plus de fruits et légumes bio que la moyenne nationale, tandis que les foyers aux revenus modestes affichent des niveaux d’achats sensiblement inférieurs, une tendance observée de manière constante sur l’ensemble de la période étudiée.
Cette segmentation socio-économique s’est accentuée après 2020, dans un contexte marqué par l’inflation alimentaire et la hausse du coût de la vie, limitant l’accès aux produits bio pour une partie croissante de la population.
Inversion de tendance sur les volumes depuis 2020
Sur le plan quantitatif, l’étude identifie un pic de consommation autour de 2019–2020, suivi d’un repli progressif. En 2024, seules la banane biologique et, dans une moindre mesure, l’abricot bio, affichent des volumes supérieurs à ceux observés avant la crise sanitaire.
À l’inverse, des fruits emblématiques du bio comme la pomme et la poire enregistrent un recul des quantités achetées. Du côté des légumes, les achats restent dominés par quelques produits phares — carotte, tomate et courgette — sans toutefois compenser la baisse globale. Dans l’ensemble, la part du bio demeure minoritaire dans le panier total, généralement inférieure à 10 % selon les espèces.
Une consommation concentrée dans la grande distribution
Le rapport note que la grande distribution demeure le principal canal d’achat des fruits et légumes bio, même si leur poids reste limité dans les volumes totaux. Les circuits spécialisés — magasins bio et marchés locaux — attirent des consommateurs plus engagés, mais sur des quantités plus faibles, ce qui limite leur capacité à soutenir la demande globale.
Ces différences entre canaux traduisent des arbitrages budgétaires de plus en plus marqués, le bio étant souvent perçu comme une variable d’ajustement face aux contraintes financières.
Un signal d’alerte pour la filière biologique
Pour FranceAgriMer, ces évolutions constituent un signal d’alerte pour l’ensemble de la filière bio. Si la croissance structurelle sur le long terme reste indéniable, la contraction de la demande depuis 2020, accentuée par les inégalités de revenus, appelle des réponses adaptées des pouvoirs publics et des opérateurs économiques.
L’enjeu, souligne l’organisme, est désormais de réconcilier accessibilité, compétitivité et attractivité du bio, afin d’enrayer la perte de vitesse observée et d’éviter un décrochage durable de la consommation dans certaines catégories de ménages.
