Écoles françaises au Maroc : le recul de l’engagement financier de la France alourdit la charge des familles

Le réseau des établissements d’enseignement français au Maroc traverse une phase de recomposition budgétaire qui se traduit par une pression financière croissante sur les familles. En cause, le désengagement progressif de l’État français du financement de ces établissements, contraignant les structures scolaires à revoir leur modèle économique et à solliciter davantage les parents pour assurer l’équilibre de leurs budgets de fonctionnement.
Cette évolution se manifeste par des hausses inédites des frais de scolarité et par l’instauration, dans plusieurs établissements, de droits d’inscription annuels. Ces nouvelles modalités tarifaires redéfinissent les relations entre les directions scolaires, les autorités de tutelle et les associations de parents d’élèves, dans un climat marqué par des tensions croissantes.
À Casablanca, le lycée Guy de Maupassant illustre ces crispations. Un différend oppose actuellement le gestionnaire de l’établissement, le groupe IEG, à l’association des parents d’élèves APEMA. Les familles dénoncent la remise en cause d’un accord conclu en 2018, qui prévoyait un plafonnement des augmentations de frais de scolarité à 10 % sur une période de trois ans. Le passage à un système de hausses annuelles, décidé sans concertation préalable selon les parents, est perçu comme une rupture de confiance et comme l’expression d’une gestion désormais guidée par des impératifs strictement comptables. La direction, de son côté, invoque des besoins d’investissement et de mise à niveau des infrastructures, sans toutefois apporter de garanties sur l’évolution future des tarifs, ce qui alimente l’inquiétude des familles.
Dans les établissements en gestion directe, la situation est également source de contestation. Les frais de scolarité acquittés par les parents servent désormais, pour partie, à financer les retraites des enseignants expatriés, sans que ces montants ne soient réinjectés localement dans l’amélioration des conditions d’enseignement. À Rabat, le projet de reconstruction du collège Saint-Exupéry cristallise ces tensions. Initialement évalué à un coût bien inférieur, le budget du projet a triplé en l’espace de dix ans pour atteindre environ 18 millions d’euros, une somme largement supportée par les familles. En attendant le lancement effectif des travaux, les élèves poursuivent leur scolarité dans des structures provisoires jugées inadaptées, tandis que les fonds collectés sont reversés au Trésor français.
Cette pression financière accrue intervient dans un contexte de fragilisation de l’offre éducative. Le réseau des établissements français au Maroc enregistre une baisse régulière de ses effectifs, estimée à environ 3 % par an. Les parents évoquent la suppression de certaines options, la fermeture de classes et des effectifs dépassant parfois les 28 élèves. À cela s’ajoutent des absences d’enseignants non remplacées et des mouvements de grève récurrents, perçus comme autant de signes d’un affaiblissement du modèle éducatif.
Pour de nombreuses familles, le sentiment prévaut que le retrait financier progressif de la France transfère sur elles l’essentiel du poids des ajustements budgétaires et des choix de gestion. Cette évolution remet en question l’accessibilité et l’attractivité de l’enseignement français au Maroc, longtemps considéré comme un pilier de la coopération éducative et culturelle entre les deux pays, mais désormais confronté à des arbitrages financiers qui en modifient profondément l’équilibre.
Avec bladi.net
