
L’année 2025 a été particulièrement éprouvante pour le marché de la moto en France. Dans un contexte de ralentissement économique et de recul des ventes de près de 19 %, la question de la fiabilité s’est imposée comme un critère central pour les acheteurs. Les données issues des systèmes européens d’alerte, notamment Safety Gate de la Commission européenne, permettent de dresser un état des lieux des rappels opérés par les principaux constructeurs, révélant des contrastes significatifs entre marques généralistes, premium et émergentes.
Les grands acteurs du marché figurent logiquement parmi les plus concernés par les procédures de rappel, en raison de volumes de ventes élevés et d’une exposition accrue aux obligations de surveillance réglementaire.
Honda, premier constructeur sur le marché français avec près de 39.000 unités écoulées en 2025, arrive en tête en nombre de rappels enregistrés au niveau européen. Huit procédures ont été recensées, touchant plusieurs modèles emblématiques. Certaines alertes concernaient des risques de fuites d’huile liés à des défauts d’étanchéité moteur, notamment sur l’Africa Twin 1100 et la Hornet 1000. D’autres rappels ont porté sur des éléments technologiques récents, comme le système E-Clutch de la CB 650 R, ou sur des dysfonctionnements électroniques susceptibles d’entraîner des calages moteur sur la gamme CMX 1100 Rebel.
Yamaha, deuxième acteur du marché français avec environ 27.000 ventes, a également été concerné par plusieurs rappels en 2025. Cinq alertes ont été recensées au niveau européen, dont plusieurs ont donné lieu à des campagnes correctives en France. Les moteurs CP3 équipant les MT-09 et Tracer 9 ont fait l’objet de mises à jour logicielles et de remplacements de capteurs, tandis que des défauts de fabrication plus ponctuels ont conduit au remplacement de repose-pieds ou à des interventions sur les embrayages de la gamme 700.
L’année 2025 marque également un tournant pour les marques chinoises, dont la montée en puissance sur le marché français s’accompagne désormais d’une intégration pleine aux dispositifs européens de sécurité. CF MOTO, devenue la sixième marque en France avec près de 6.000 immatriculations, a procédé à ses premiers rappels officiels, notamment pour un risque de fissuration sur l’arbre de changement de vitesse de certains modèles. Cette démarche est perçue par les observateurs comme un signe de maturité industrielle et de normalisation des pratiques, à l’inverse de certaines marques concurrentes encore peu présentes dans les bases de données officielles de rappel.
À l’opposé, Suzuki fait figure d’exception. Malgré un volume de ventes significatif, le constructeur japonais n’a enregistré aucun rappel en 2025. Cette situation est généralement attribuée à des choix techniques conservateurs et à une moindre complexité électronique, dans un marché où les systèmes embarqués constituent une source croissante de défaillances potentielles.
Les marques positionnées sur le segment premium n’ont pas été épargnées. Harley-Davidson a dû lancer plusieurs rappels en France, liés à des défauts de suspension arrière sur certains modèles Softail et à des risques structurels sur la direction des Sportster S. Ducati, de son côté, a procédé à des rappels concernant des Panigale V4 pour des risques mécaniques et thermiques affectant l’arbre de roue arrière ou les conduites de frein.
L’analyse des données de 2025 invite toutefois à relativiser la notion de fiabilité brute. Les rappels ne traduisent pas nécessairement une défaillance systémique, mais souvent une capacité des constructeurs à identifier rapidement des faiblesses et à intervenir de manière préventive. À l’inverse, l’absence totale de rappels ne constitue pas toujours une garantie absolue, mais peut aussi refléter des stratégies de surveillance ou de communication différentes.
Dans un marché en tension, la multiplication des campagnes de rappel apparaît ainsi moins comme un indicateur de défaillance que comme un révélateur du niveau d’exigence des constructeurs face aux normes de sécurité et aux attentes des utilisateurs.
Source: motoplanete.com
