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Quand la musique devient un levier stratégique pour les marques

Depuis plusieurs décennies, la musique occupe une place centrale dans les stratégies de communication des marques. Longtemps cantonnée au rôle de simple accompagnement publicitaire, elle est devenue un outil à part entière de construction de l’image, de différenciation et de création de valeur. Des jingles mémorables aux collaborations avec des artistes internationaux, le son s’impose aujourd’hui comme un vecteur économique à part entière.

Les annonceurs ont très tôt compris le pouvoir de la musique sur la mémoire et l’émotion. Certaines mélodies publicitaires ont marqué durablement des générations de consommateurs, à l’image de La Colegiala associée à Nescafé ou des chansons composées par Richard Gotainer pour des marques comme Danette, Saupiquet ou Belle des Champs. Ces créations, pensées pour être immédiatement reconnaissables, visaient à inscrire la marque dans l’imaginaire collectif, parfois au prix d’une approche aujourd’hui jugée incompatible avec les standards contemporains.

Cet héritage se prolonge aujourd’hui sous des formes renouvelées. Certaines entreprises font appel à des artistes pour composer des morceaux originaux spécifiquement conçus pour accompagner leur identité. À l’occasion du premier anniversaire de sa ligne reliant Paris à Bruxelles, Ouigo a ainsi commandé un titre inédit aux rappeurs Edge et Swing. Le clip, tourné lors d’un trajet réel entre les deux capitales et diffusé sur les réseaux sociaux de la marque et des artistes, illustre cette volonté de s’ancrer dans des univers culturels contemporains tout en renforçant la proximité avec le public.

D’autres marques adoptent une approche plus narrative. La fintech Green-Got, positionnée sur les enjeux de transition écologique, a fait appel à l’artiste Mona Guba pour transformer des commentaires critiques publiés en ligne en paroles de chanson. Ce projet, réalisé en interne, s’inscrit dans une stratégie de contenu assumée, privilégiant l’émotion et l’ironie à un discours promotionnel classique. L’objectif affiché est de dépasser les codes traditionnels de la communication financière pour instaurer une relation plus culturelle avec les utilisateurs.

Les collaborations entre marques et artistes se sont également intensifiées à l’échelle internationale. Nike sollicite régulièrement des figures majeures de la scène musicale, comme Travis Scott ou Rosalía, pour accompagner ses campagnes. Le clip Laugh Now Cry Later de Drake, tourné intégralement au siège du groupe, illustre cette hybridation entre culture populaire et univers corporate.

Certaines entreprises vont plus loin en nouant des partenariats durables avec le monde de la musique. La Red Bull Music Academy, fondée à la fin des années 1990, a longtemps constitué un espace de formation, d’échange et de création pour des musiciens du monde entier, participant à l’ancrage culturel de la marque au-delà de son produit. Dans le secteur du luxe, Louis Vuitton a renforcé ce lien sous l’impulsion de Pharrell Williams, en transformant les bandes-son de ses défilés masculins en œuvres musicales à part entière.

La musique devient également un outil de storytelling plus large. Apple a ainsi produit un documentaire consacré aux débuts de Billie Eilish, tandis que BMW a confié au compositeur Hans Zimmer la création de l’identité sonore de son modèle électrique i4, illustrant l’importance croissante accordée à l’expérience auditive dans les produits technologiques.

Enfin, la convergence entre musique et business s’exprime aussi à travers des collaborations commerciales directes. Rihanna a occupé le poste de directrice artistique chez Puma, Kanye West a longtemps contribué au succès commercial d’Adidas avant la rupture entre les deux parties, et Dr. Dre a bâti une réussite industrielle majeure avec Beats by Dre, rachetée ensuite par Apple.

Au fil de ces exemples, la musique apparaît moins comme un simple outil de communication que comme un actif stratégique. En mobilisant artistes, émotions et récits culturels, les marques transforment le son en un levier d’influence, de différenciation et de création de valeur économique durable.

Source: influencia.net

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