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Rappels de laits infantiles : la céréulide au cœur des alertes sanitaires

La céréulide est une toxine produite par certaines souches de la bactérie Bacillus cereus, un micro-organisme largement répandu dans l’environnement, en particulier dans les sols. Cette bactérie est capable de contaminer un grand nombre de matières premières, notamment d’origine végétale, et peut se retrouver dans de nombreuses catégories d’aliments. Les produits secs ou déshydratés, tels que les céréales, les farines, les herbes aromatiques ou certaines épices, constituent des supports favorables à sa présence. Les aliments reconstitués par ajout d’eau, comme le lait infantile en poudre, peuvent également être concernés dans certaines conditions.

L’une des particularités de la céréulide réside dans sa forte résistance à la chaleur. Contrairement à d’autres agents pathogènes, elle n’est pas détruite par les traitements thermiques classiques, y compris la stérilisation ou la préparation des biberons à l’eau chaude. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), les risques pour le consommateur sont le plus souvent liés à une multiplication de Bacillus cereus lorsque les aliments sont exposés à des températures inappropriées ou insuffisamment refroidis après leur préparation.

Les autorités sanitaires soulignent toutefois que les infections alimentaires liées à cette bactérie restent peu fréquentes. Le ministère de l’Agriculture évoque environ cinq cas par million d’habitants chaque année en France, et précise que ces intoxications sont le plus souvent bénignes. Lorsque des symptômes apparaissent, ils se manifestent généralement rapidement, dans un délai d’incubation compris entre trente minutes et cinq heures après ingestion.

Sur le plan clinique, la céréulide est qualifiée de toxine émétique. Elle peut provoquer des nausées, des vomissements, des diarrhées, des douleurs abdominales et des malaises. Dans la grande majorité des cas, ces troubles disparaissent spontanément en moins de vingt-quatre heures. Des formes plus graves ont néanmoins été décrites dans la littérature médicale, notamment chez des populations vulnérables telles que les prématurés et les nouveau-nés, avec des complications sévères pouvant aller jusqu’à des atteintes hépatiques, neurologiques ou des septicémies. L’Anses précise toutefois que, dans ces situations extrêmes, le lien direct avec la consommation d’aliments contaminés n’est pas toujours établi.

Les rappels engagés depuis plusieurs semaines concernent plusieurs marques de lait infantile. Nestlé a été le premier groupe à annoncer, à titre préventif, le retrait de certains produits des marques Guigoz et Nidal. L’entreprise indique avoir identifié un défaut de qualité lié à un ingrédient fourni par un partenaire industriel, en l’occurrence une huile riche en acide arachidonique (ARA), susceptible de contenir des traces de céréulide. Bien que les quantités détectées aient été jugées très faibles, le groupe a fait valoir le principe de précaution.

Danone a, de son côté, procédé à un rappel limité de produits de la marque Dumex dans certains pays asiatiques, tandis que Lactalis a annoncé, le 21 janvier, le retrait de plusieurs lots de lait infantile Picot commercialisés dans une dizaine de pays, dont la France. Là encore, la décision repose sur la présence potentielle de céréulide dans un ingrédient entrant dans la composition des formules.

Ces rappels successifs illustrent la sensibilité particulière des produits destinés à l’alimentation des nourrissons et la vigilance accrue des industriels et des autorités sanitaires. Ils relancent également le débat sur la traçabilité des ingrédients, la rapidité des dispositifs d’alerte et la capacité des chaînes de production mondialisées à prévenir et contenir les risques sanitaires, même lorsqu’ils restent statistiquement rares.

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