Viande rouge : malgré les mesures annoncées, les prix restent durablement au-dessus de 100 dirhams

Malgré les mesures douanières et fiscales mises en place par les pouvoirs publics et l’augmentation annoncée du cheptel national, les prix de la viande rouge continuent de peser lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages. Dans la majorité des marchés urbains, le kilogramme se maintient au-delà de 100 dirhams, une situation jugée préoccupante par les associations de protection des consommateurs.
Dans son édition du lundi 9 février, le quotidien Assabah rapporte que le cheptel national dépasse désormais les 32 millions de têtes, un niveau censé améliorer l’offre et, à terme, favoriser une détente des prix. Pourtant, sur le terrain, cette amélioration statistique ne se traduit par aucun allègement pour le consommateur.
Cité par le journal, Hassan Aït Ali, président de l’Observatoire marocain de la protection du consommateur, estime que cette situation révèle l’échec d’un dispositif pourtant présenté comme structurant. Selon lui, la hausse du cheptel et les facilités accordées aux importateurs auraient dû produire un effet tangible sur les prix, ce qui n’est manifestement pas le cas.
Pour l’Observatoire, plusieurs facteurs se cumulent. Les effets prolongés de la sécheresse, l’augmentation des coûts des intrants et de l’alimentation du bétail expliquent en partie la tension sur les prix. Mais ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à justifier une cherté persistante, surtout dans un contexte de soutien public au secteur de l’élevage.
Le cœur du problème se situerait, selon Assabah, au niveau des circuits de commercialisation. L’Observatoire pointe du doigt le rôle des intermédiaires et des pratiques spéculatives qui faussent le fonctionnement normal du marché. Des marges excessives seraient appliquées à différents stades de la chaîne, sans bénéfice ni pour l’éleveur ni pour le consommateur final.
« Le citoyen ne ressent aucun impact positif des politiques annoncées », souligne le journal. Cette situation alimente un sentiment d’injustice, notamment chez les ménages à revenu modeste pour lesquels la viande rouge devient un produit de plus en plus inaccessible.
Face à ce constat, l’Observatoire marocain de la protection du consommateur appelle à l’ouverture d’une enquête approfondie sur les mécanismes de fixation des prix. Il plaide pour un contrôle strict des marges bénéficiaires, un renforcement de la surveillance des marchés hebdomadaires, des abattoirs et des points de vente, ainsi qu’une lutte effective contre toute forme de monopole ou de manipulation des prix.
L’association réclame également davantage de transparence de la part des autorités. Elle demande la publication régulière de données officielles détaillées sur l’évolution du cheptel, les coûts de production, le volume des soutiens publics accordés au secteur et leur impact réel sur les prix pratiqués.
Selon Hassan Aït Ali, la protection du pouvoir d’achat ne peut se limiter à des annonces conjoncturelles. Elle constitue, dit-il, un engagement durable qui nécessite des politiques publiques cohérentes, un contrôle effectif des marchés et le respect du droit du consommateur à une information claire, notamment sur l’origine des viandes commercialisées.
À défaut d’une intervention ferme et structurée, avertit Assabah, la viande rouge risque de rester durablement hors de portée d’une large frange de la population, creusant davantage les inégalités face à l’accès aux produits alimentaires de base.
Avec Assabah
