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Marché du travail : 10,8 % de chômage et une nouvelle lecture des tensions en 2026

Le Haut-Commissariat au Plan inaugure une nouvelle approche de mesure du marché du travail avec le lancement de l’Enquête sur la main-d’œuvre 2026 (EMO2026), qui remplace l’ancienne enquête nationale sur l’emploi. Aligné sur les standards internationaux de l’Organisation internationale du Travail, ce dispositif introduit une rupture méthodologique majeure et propose une lecture plus fine des dynamiques d’emploi.

Au cœur de cette refonte, une redéfinition des concepts. L’emploi est désormais strictement limité aux activités rémunérées ou générant un profit, excluant notamment les activités d’autoconsommation. Le chômage, quant à lui, est mesuré selon une définition plus restrictive : seules sont considérées comme chômeuses les personnes sans emploi, disponibles et en recherche active. Cette évolution rend les nouvelles données non comparables avec les séries antérieures.

Autre changement structurant, l’abandon d’un indicateur unique au profit d’une approche multidimensionnelle de la sous-utilisation de la main-d’œuvre. Celle-ci intègre désormais, en plus du chômage, le sous-emploi lié au temps de travail ainsi qu’un indicateur de “main-d’œuvre potentielle”, permettant de mieux capter les tensions réelles et latentes sur le marché.

Sur le plan méthodologique, l’enquête gagne en robustesse avec un échantillon élargi à 135.000 ménages par an, contre 90.000 auparavant. La base de sondage a été actualisée à partir du recensement de 2024, et un système de rotation permet désormais un suivi partiel des ménages dans le temps.

Au premier trimestre 2026, la population en âge de travailler atteint 27,8 millions de personnes. Parmi elles, 11,6 millions constituent la main-d’œuvre, soit un taux de participation de 41,8 %. L’emploi rémunéré concerne 10,36 millions de personnes, correspondant à un taux d’emploi de 37,3 %.

Le chômage au sens strict s’établit à 10,8 %, avec de fortes disparités : il atteint 13,5 % en milieu urbain contre 6,1 % en milieu rural. Les femmes sont particulièrement touchées, avec un taux de 16,1 %, contre 9,4 % pour les hommes. Les jeunes de 15 à 24 ans restent les plus exposés, affichant un taux de 29,2 %.

L’analyse sectorielle confirme la domination des services, qui concentrent près de la moitié des emplois (49,1 %), suivis de l’agriculture (24,5 %), de l’industrie (13,6 %) et du BTP (12,7 %). La structure diffère toutefois selon le milieu : en zone urbaine, les services dominent largement, tandis que l’emploi rural reste fortement dépendant de l’agriculture.

Au-delà du chômage, les nouveaux indicateurs révèlent une pression plus large sur le marché du travail. Le taux combiné incluant le sous-emploi atteint 16,6 %, tandis que celui intégrant la main-d’œuvre potentielle s’élève à 17,1 %. En agrégeant l’ensemble de ces dimensions, le taux global de sous-utilisation de la main-d’œuvre atteint 22,5 %, traduisant un besoin non satisfait de travail bien supérieur à ce que suggère le seul taux de chômage.

Les disparités territoriales restent marquées. Certaines régions, comme Dakhla-Oued Ed-Dahab ou Tanger-Tétouan-Al Hoceima, affichent des niveaux de participation élevés, tandis que d’autres, à l’image de Drâa-Tafilalet, restent en retrait. Le chômage varie également fortement selon les territoires, dépassant 20 % dans certaines régions du Sud.

Dans ce nouveau cadre d’analyse, le marché du travail marocain apparaît sous un jour plus nuancé. Derrière des indicateurs classiques relativement stables, les tensions réelles, notamment chez les jeunes et les femmes, ainsi que les formes élargies de sous-utilisation de la main-d’œuvre, dessinent des défis structurels persistants.

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