Marché des capitaux : 2025, l’année du changement d’échelle

Le marché marocain des capitaux a franchi un cap historique en 2025. Entre envolée boursière, retour en force des introductions en Bourse, record de capitalisation et croissance soutenue de la gestion d’actifs, l’écosystème financier national semble entrer dans une nouvelle phase de maturité. Derrière ces performances se dessine un marché qui anticipe déjà les grands besoins de financement liés aux infrastructures, à l’industrialisation et aux échéances stratégiques de la prochaine décennie.
La Bourse de Casablanca a signé l’une de ses meilleures performances des dernières années. L’indice MASI a progressé de 27,6 % en 2025, après une hausse déjà significative de 22,2 % en 2024. Cette dynamique a porté la capitalisation boursière à un niveau inédit de 1.040,7 milliards de dirhams, soit près de 61 % du PIB national. En une seule année, la valeur des sociétés cotées s’est appréciée de plus de 288 milliards de dirhams.
Cette progression ne repose pas uniquement sur la hausse des cours. L’activité de marché a également connu une accélération spectaculaire. Le volume global des échanges a bondi de 63 % pour atteindre 161 milliards de dirhams, tandis que le marché central a quasiment doublé son activité. La liquidité s’est améliorée, avec un ratio de liquidité passant de 12,5 % à 14,2 %, signe d’un marché plus profond et plus attractif pour les investisseurs.
L’année 2025 marque également le retour des grandes opérations boursières. Trois introductions en Bourse ont été réalisées : Vicenne, Cash Plus et surtout SGTM, dont l’opération de plus de 5 milliards de dirhams constitue l’une des plus importantes de ces dernières années. À elles seules, ces trois IPO ont permis de lever plus de 6 milliards de dirhams et ont suscité un engouement exceptionnel auprès des investisseurs, avec près de 290.000 souscripteurs et des taux de sursouscription atteignant jusqu’à 64 fois pour certaines opérations.
Au-delà du marché actions, le financement de l’économie par le marché des capitaux poursuit sa montée en puissance. Les levées de capitaux ont atteint 143,6 milliards de dirhams, en hausse de 30,6 % sur un an. La dette privée demeure le principal moteur de cette croissance avec 134 milliards de dirhams mobilisés. Les émissions obligataires corporate ont plus que doublé pour dépasser 50 milliards de dirhams, traduisant un recours croissant des entreprises au marché pour financer leurs investissements.
Le secteur financier reste le premier utilisateur de ces mécanismes de financement, représentant plus de la moitié des émissions de dette privée. Mais d’autres secteurs stratégiques, comme les mines, l’énergie, les infrastructures ou la grande distribution, ont également intensifié leur présence sur le marché obligataire.
Autre indicateur révélateur de cette montée en puissance : l’industrie de la gestion d’actifs. L’actif net des organismes de placement collectif a atteint 956,3 milliards de dirhams, en hausse de 22,1 %. Les OPCVM concentrent l’essentiel de ces encours avec 785 milliards de dirhams, mais les OPCI, les fonds de titrisation (FPCT) et les OPCC continuent également leur développement. Les fonds actions ont particulièrement bénéficié du rallye boursier, affichant une progression de plus de 44 % de leurs encours.
L’année 2025 a aussi été marquée par plusieurs évolutions structurelles. La publication de la nouvelle loi sur les OPCVM ouvre la voie à de nouveaux véhicules d’investissement tels que les ETF, les fonds participatifs ou encore les structures maître-nourricier. Dans le même temps, l’AMMC a validé le premier contrat à terme sur indice adossé au MASI 20, marquant une étape importante dans le développement du marché des produits dérivés au Maroc.
Enfin, la base des investisseurs continue de s’élargir. Le nombre de comptes-titres a dépassé les 400.000, tandis que le nombre de clients actifs des sociétés de Bourse a progressé de plus de 140 % en un an. Cette évolution traduit un intérêt croissant des particuliers marocains pour les placements financiers, même si le marché reste largement dominé par les investisseurs institutionnels.
Au final, 2025 apparaît comme une année charnière pour le marché des capitaux marocain. Longtemps perçu comme un compartiment complémentaire du financement bancaire, il s’affirme désormais comme un levier central de mobilisation de l’épargne et de financement de la croissance. La combinaison d’une Bourse dynamique, d’une industrie de gestion en expansion et d’un cadre réglementaire modernisé pourrait permettre au Maroc d’aborder les grands chantiers de la décennie avec un marché financier plus profond, plus liquide et mieux armé pour accompagner les besoins de financement du Royaume.
