Inflation: les économistes istiqlaliens proposent une refonte des circuits de distribution

Face à la hausse persistante des prix alimentaires, l’Alliance des économistes istiqlaliens a réuni responsables publics, professionnels et experts afin d’identifier les causes profondes de l’inflation et les réformes susceptibles de restaurer le pouvoir d’achat des ménages. Le constat partagé est clair : au-delà de la sécheresse et des chocs internationaux, les dysfonctionnements des circuits de commercialisation jouent un rôle majeur dans la formation des prix.
Les chiffres avancés lors de la rencontre illustrent l’ampleur du phénomène. Depuis 2021, les prix des viandes rouges auraient progressé de 73%, ceux du poulet de 90% avant leur récente correction, tandis que la tomate a connu des variations pouvant atteindre 100%. L’huile de table a augmenté de plus de 50% et les carburants de 20% à 40%. Dans un contexte où les dépenses alimentaires absorbent jusqu’à la moitié du budget des ménages les plus modestes, ces évolutions alimentent un sentiment de dégradation du niveau de vie.
Pour les intervenants, la hausse des prix ne peut être expliquée uniquement par les effets de la sécheresse, du Covid-19 ou des tensions géopolitiques. Plusieurs ont pointé le poids des intermédiaires dans la chaîne de distribution. Selon les estimations présentées, ces derniers capteraient entre 34% et 50% du prix final payé par le consommateur. Par ailleurs, entre un tiers et près de la moitié des fruits et légumes échapperaient aux circuits officiels des marchés de gros, limitant la transparence sur la formation des prix.
Les professionnels ont également mis en avant des contraintes structurelles qui pèsent sur la compétitivité du secteur agricole : hausse des coûts des intrants, raréfaction de la main-d’œuvre, faiblesse de l’assurance agricole, difficultés d’accès au financement et insuffisances logistiques. Le recours massif à de petits transporteurs renchérit les coûts tout en affectant la qualité des produits, tandis que certaines infrastructures de stockage demeurent insuffisantes.
Au-delà du diagnostic, la rencontre a surtout mis l’accent sur les pistes de réforme. L’une des propositions phares consiste à créer des sociétés régionales ou nationales de distribution capables de s’approvisionner directement auprès des agriculteurs regroupés en coopératives. L’objectif est de raccourcir les circuits de commercialisation, réduire le nombre d’intermédiaires et améliorer la traçabilité des produits.
Les participants ont également plaidé pour une réforme des marchés de gros, le développement de capacités de stockage stratégique, la mise en place d’un observatoire des marges, l’accélération de la digitalisation des échanges commerciaux et la création d’outils de transparence inspirés des expériences internationales. Les exemples du Brésil, de l’Inde ou encore de la France ont été cités pour illustrer des modèles permettant un meilleur équilibre entre producteurs, distributeurs et consommateurs.
Au final, les économistes réunis estiment que la lutte contre la cherté de la vie ne pourra pas reposer uniquement sur des aides ou des subventions. Elle passe aussi par une modernisation en profondeur des circuits de distribution afin de garantir une rémunération équitable des agriculteurs tout en offrant aux consommateurs des prix plus stables et plus transparents.
Avec Le360
