Dette publique: Banchaaboun aura les mains “libres” sur les crédits

“Les finances publiques sont dans une très mauvaise passe. Avec un banquier chevronné à la tête du ministère des Finances, il reste à espérer que son génie sera à même de sauver la mise”. C’est ainsi que nous concluions notre article consacré à la dette publique il y a de cela deux jours.

Aujourd’hui, Mohamed Benchaaboun, ministre des Finances, aura, en principe, les pleins pouvoirs pour mettre en application ces idées en la matière.

En effet, à l’ordre du jour du Conseil de Gouvernement tenu ce jeudi figure l’adoption de trois projets de décrets lui délégant l’ensemble des pouvoirs relatifs à la politique du crédit et de la dette publique:

-la contraction de prêts intérieurs

-la contraction de prêts extérieurs

-la contraction de crédits pour remboursement d’autres prêts et pour couvrir les risques liés à la variation des taux d’intérêt.

D’habitude, la signature finale en la matière, revient au Chef du Gouvernement, comme l’assure Driss Effina,  économiste, président du Centre indépendant des analyses stratégiques.

S’agit-il d’un partage à l’amiable des pouvoirs entre PJD et RNI sur le modèle de la délégation, sous le mandat Benkirane, de la gestion du Fonds de développement rural au ministère de l’Agriculture? Une affaire qui, rappelons-le, avait suscité nombre de commentaires à l’époque.

Pour Driss il n’en est rien mais il s’agirait davantage d’une mesure visant à gagner en rapidité et efficacité d’exécution dans un domaine où le ministre des Finances est, de toutes les manières, plus compétent que le Chef de Gouvernement.

Pour ce qui est de la gravité de ce type de décisions engageant l’avenir du pays d’où la nécessité de les garder sous l’autorité directe du Chef de Gouvernement, Effina fait observer qu’il y a plusieurs autres types de décisions aussi importantes et qui sont prises par des responsables qui ne sont parfois même pas dans le gouvernement.

Exemple: lorsqu’une grande entreprise publique contracte un prêt extérieur en engageant la garantie de l’Etat c’est son DG qui signe.

Une lecture que confirme Najib Akesbi, économiste et professeur à l’IAV. Ce dernier précise que ces décrets relèvent de la routine gouvernementale et que ce n’est pas nouveau. Il attire l’attention toutefois sur le fait que le ministre des Finances ne peut agir que dans le cadre des limites, notamment en termes de montants de prêts autorisés, fixées dans le cadre de la Loi des Finances.

Or, la loi des Finances 2019 n’est pas encore adoptée. “Peut être que cela concerne la loi des Fiances 2018”, pense notre source.

En gros, il s’agirait aujourd’hui de régulariser la situation en donnant à Benchaaboun les pouvoirs qu’avait auparavant Mohamed Boussaid.

En tout cas l’actuel ministre des Finances aura à gérer un déficit en ressources structurel qui va en s’aggravant.

“Le Maroc, au vu de ses ressources et de la faible croissance, a structurellement un besoin de 30% et plus à combler pour boucler ses dépenses. Ce qui rend le recours à la datte inéluctable”, explique Najib Akesbi.

Le meilleur moyen donc de sortir de cet engrenage est d’améliorer les recettes fiscales en attirant davantage d’IDE et en favorisant une croissance plus importante, autour de 5 à 8% sur une longue durée.

Comment y arriver? Le nouveau modèle de développement en préparation sur demande royale devra certainement apporter les réponses requises.

A suivre.

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