MEHDI EL FAKIR: DÉFISCALISER RISQUE D’APPAUVRIR L’ÉTAT

« INCITER À L’ÉPARGNE VA PERMETTRE D’AMÉLIORER LA QUALITÉ DE VIE DES MAROCAINS »


Pour la relance de la demande, beaucoup préconisent une réforme de la fiscalité dans le sens de baisse d’impôts en ces temps de crise.
Qu’en pensez-vous

Difficile de procéder à une réforme dans le sens mécanique en ce contexte particulier. Pour réformer, il faut que les conditions soient propices. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Déjà avec ou sans réforme, il y aura une chute drastique de 45MMDH en termes de recettes fiscales selon la loi de finances rectificative. Donc, il serait plus judicieux, d’aller progressivement. A court terme, il faut innover pour agir sur les indicateurs de croissance tout en prenant en considération deux éléments importants : la consommation et l’investissement. Ensuite, il faudrait pousser les choses à long terme et revenir su les recommandations des assises de la fiscalité. Certains politiciens ou encore professionnels ont cette vision mécanique sèche : il faut réformer et baisser l’impôt. Or, on oublie que derrière cette baisse, il y a la baisse des recettes de l’Etat. Et on n’est pas un pays qui a le luxe de procéder à des réductions d’impôts à tour et à travers. Le Maroc vient de sortir à l’international pour s’endetter.
Si nous voulons réduire l’impôt, on va s’endetter en contrepartie ce qui va hypothéquer la souveraineté économique du pays et à terme nous allons évoluer vers l’impasse ce qui nous poussera à augmenter les impôts. Par contre, réformer dans le sens de réduire la pression en élargissant l’assiette serait l’idéal. Puisque cela va permettre de garantir deux choses: la sauvegarde des intérêts de l’Etat et l’équité fiscale.

Mais, tout le monde est d’accord que la classe moyenne subit une forte pression fiscale aujourd’hui. Comment peut-on agir pour alléger cela ?

En dehors de la baisse de l’impôt, il faut innover et rechercher de nouvelles idées et mesures pour atténuer cette pression. Par exemple, je pense qu’il faut exonérer et encourager avant tout l’épargne. Les meilleures économies au monde sont celles qui boostent l’épargne. Inciter à l’épargne va permettre d’améliorer la qualité de vie des Marocains. D’abord, en dépensant de manière plus réfléchie et faire disposer donc le marché financier de l’argent nécessaire qui peut être recyclé dans l’économie.
Ce recyclage pourra se faire dans des projets, des investissements à valeur ajoutée, dans l’éducation…Aussi, l’allégement peut se faire via l’exonération de tout ce qui est en relation avec l’économie du savoir. Puisque, l’amélioration du niveau de vie dépend aussi de l’amélioration du niveau d’instruction, de l’insertion professionnelle…
je pense aussi à l’exonération du mobile banking…

Qu’en est-il du mécanisme du foyer fiscal ?

Cela fait des années que nous réclamons ce mécanisme qui permettra d’alléger les foyers, améliorer la consommation et rétablir une certaine équité fiscale et cohésion sociale. La notion de foyer fiscal considère que l’impôt n’est pas payé par des individus mais par une communauté, qui normalement, est la famille. Cela consiste non pas à imposer séparément les individus (mari et femme), mais le ménage qui les compose. Et donc, la logique est de
mettre en avant une certaine solidarité du couple et d’aboutir à un impôt plus juste. Tout l’argent économisé en termes d’impôt peut être réorienté vers la consommation ou l’épargne.