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Nutri-score obligatoire dans l’UE : les lobbys à l’offensive

Le Nutri-score pourrait bien devenir obligatoire en France et dans toute l'Union européenne à la fin de l'année prochaine. Une mesure à laquelle sont farouchement opposés certains industriels, qui tentent de peser sur le débat en défendant le terroir et les savoir-faire.

Le surpoids et l’obésité touchent la moitié des adultes et un tiers des enfants européens. Dans le même temps, les personnes atteintes de diabète, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires liées à l’alimentation sont de plus en plus nombreuses. Pour lutter contre ce problème majeur de santé publique, un outil est vanté depuis des années, aussi bien par les consommateurs que les scientifiques : le Nutri-score. Si bien qu’il pourrait devenir obligatoire dans toute l’Union européenne en fin d’année prochaine. A condition que ses détracteurs n’aient pas le dernier mot.

Déjà utilisé dans sept pays

Pour rappel, le Nutri-score est un logo apposé sur des emballages et qui informe sur la qualité nutritionnelle des produits. Plus un produit est riche en nutriments conseillés (fibres, protéines, fruits, légumes, huile d’olive, etc.), plus il obtiendra une couleur et une lettre favorable. A l’inverse, plus un produit est riche en acides gras saturés, en sucres ou en sel, moins sa note sera élevée. Ce classement est une « vraie avancée pour le consommateur » car il lui permet de s’informer facilement pour « améliorer ses choix », affirme Camille Dorioz, responsable de campagnes de l’ONG Foodwatch.

Inventé en 2014 par l’épidémiologiste Serge Hercberg et ses équipes, le Nutri-score a été déployé en France à partir de 2016. Il est désormais utilisé par plus de 600 marques et adopté par six autres pays européens (Belgique, Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Suisse, Luxembourg). Mais il n’est pas obligatoire, en vertu d’un règlement européen de 2011. A l’époque, les lobbys de l’agroalimentaire s’étaient battus pour que la mise en place d’un logo nutritionnel ne se fasse que de manière volontaire. Selon l’ONG Corporate European Observatory, ils auraient même dépensé 1 milliard d’euros à cette fin.

Ce qui doit obligatoirement figurer sur l’emballage

Le règlement INCO de 2011 oblige les industriels à faire figurer plusieurs informations nutritionnelles sur l’emballage des denrées alimentaires. La valeur énergétique, la quantité de lipides, d’acides gras saturés, de glucides, de sucres, de protéines et de sel doivent être mentionnées, exprimées pour 100 g ou 100 mL et être accompagnées de repères nutritionnels journaliers (RNJ), par 100 g ou 100 ml ou par portion.

Toutes ces informations doivent être présentées dans un tableau (ou si la place manque sous forme de lignes). Mais elles sont peu lisibles pour le consommateur. D’où l’intérêt d’un système d’étiquetage nutritionnel.

Le réveil des lobbys

Depuis, l’adhésion au Nutri-score a grandi, aussi bien chez les consommateurs que chez les industriels. Ce qui a poussé en mars 2020 la Commission européenne à changer d’avis et à annoncer l’instauration d’un logo nutritionnel obligatoire d’ici à la fin 2022 dans le cadre de sa stratégie Farm-to-Fork (« De la ferme à la fourchette »).

Ce logo pourrait prendre la forme du Nutri-score, dont l’efficacité a été reconnue par des dizaines d’études scientifiques. En septembre, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l’Organisation mondiale de la santé a même appelé à son adoption « urgente et obligatoire au niveau de l’Union européenne et au-delà ».

Pour être vraiment efficace, le Nutri-score doit figurer sur tous les produits afin qu’ils puissent être comparés.

Camille Dorioz, responsable de campagnes de l’ONG Foodwatch

Pour que le Nutri-score soit obligatoire à l’échelle européenne, il faut d’abord qu’il soit harmonisé. La législation de l’UE doit donc évoluer. Mais plusieurs acteurs ne l’entendent pas de cette oreille. « La future obligation a réveillé les lobbys », explique Serge Hercberg, le concepteur du Nutri-score.

L’Italie vent debout

Tout récemment, ce sont les producteurs de Roquefort qui ont protesté contre un classement Nutri-Score défavorable. Ils dénoncent une « approche punitive » et réclament une exemption au nom du terroir et de leur savoir-faire. Pour Serge Hercberg, « les petits producteurs sont manipulés » par des industriels qui veulent « torpiller » le Nutri-score depuis sa création.

Parmi eux : le géant Lactalis, qui détient 70% des volumes de l’AOP aveyronnaise. La CGPLBIR (Confédération générale des producteurs de lait de brebis et des industriels de Roquefort), qui crie à l' »injustice », est d’ailleurs présidée par Hugues Meaudre, le directeur général de Lactalis AOP & Terroirs. Ce qui conduit Camille Dorioz à avancer que Lactalis « n’est pas là pour défendre le terroir mais son chiffre d’affaires ».

L’opposition à un Nutri-score obligatoire n’a d’ailleurs pas de frontière : elle est présente en Grèce, en République tchèque et surtout en Italie, où les AOP laitières sont aussi légion. Les pouvoirs publics italiens dénoncent un étiquetage trop simpliste et stigmatisant. Ils craignent que des produits comme le gorgonzola pâtissent de cette future réglementation.

Pourtant, Serge Hercberg l’assure : « Il ne s’agit pas du tout d’empêcher les consommateurs de manger du fromage, mais simplement de les avertir que ces produits ne doivent pas être consommés en excès ». Le professeur émérite de nutrition à l’université Sorbonne-Paris-Nord admet que le Nutri-score n’est pas parfait car il ne tient pas compte des additifs ou des pesticides. Mais, il présente « des informations utiles ». Reste maintenant à savoir si la Commission européenne privilégiera « la santé publique ou si elle va écouter les lobbys », résume le chercheur.

Source: Le Dauphine

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