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Moroccan Consumer Days 2022: La politique gouvernementale en matière de consommation critiquée

Inflation, flambée des prix du carburant, défaillance des services publics (...), le consommateur qui ne bénéficie d'aucune protection se voit contraint de s'adapter à une situation qui le dépasse.

«Le Maroc enregistre aujourd’hui un taux d’inflation historique, jamais atteint depuis 20 ans » lance le Directeur de publication de Consonews, Nabil Taoufik lors de la 3ème édition du « Moroccan Consumar Days » organisée sous le thème « Baisse du pouvoir d’achat, quelles politiques de protection du consommateur?». Cet événement était l’occasion de débattre du contexte actuel marqué par une hausse vertigineuse du prix des denrées alimentaires, une flambée très inquiétante des prix à la pompe et une défaillance des services publics. Autant de choses entrainant une dégradation significative du pouvoir d’achat des marocains; Au moment où l’on note une stagnation des revenus depuis plusieurs années, voire même une baisse suite à la crise sanitaire.

Un pouvoir d’achat en dégradation

Pour le Président de la Fédération Marocaine des Droits du Consommateur (FMDC), Bouazza Kherrati, la situation est non seulement très alarmante aujourd’hui, mais, encore plus, le gouvernement a délaissé le consommateur. Pour lui, la libéralisation des prix des carburants est une erreur fatale. «A chaque fois que l’on libéralise un secteur, il faut mettre en place une autorité de contrôle. Dans le secteur des hydrocarbures, on a procédé à une libéralisation sans mesures d’accompagnement, ce qui a laissé le champ libre à des pratiques frauduleuses et à des augmentations successives dont le consommateur fait les frais », explique-t-il avant d’ajouter «quand les prix des carburants flambent, tous les produits et les services suivent et le pouvoir d’achat des citoyens s’en trouve réduit. En l’absence de mesures prises par le gouvernement, on finit par déboucher sur un désordre social ».

Le journaliste économique Adil Imad déclare pour sa part que le problème du pouvoir d’achat est aujourd’hui structurel. «Le revenu individuel au Maroc est l’un des plus faibles dans la région MENA. En plus, les citoyens ne profitent pas de la valeur ajoutée liée à la distribution de la richesse, sans parler de la problématique d’injustice fiscale » analyse-t-il.

Même son de cloche du côté de l’économiste Yassine Alia, qui rappelle qu’en raison de la hausse des prix des produits alimentaires surtout à la veille du ramadan, Il y a une régression généralisée du pouvoir d’achat en ce moment. «Qui dit baisse de pouvoir d’achat, dit automatiquement baisse de la consommation par manque d’argent ou pour pouvoir faire face aux aléas de la crise ».

L’entrepreneur agricole et expert en marketing, Hamid Faridi reste convaincu que l’augmentation des prix des produits agricoles comme le blé ou encore l’orge n’est pas liée à la crise ukrainienne, mais plutôt à la stratégie du PMV qui a poussé de nombreux agriculteurs à se reconvertir dans des cultures orientées vers l’export, ce qui pousse le pays à importer ses besoins et à être à la merci des cours internationaux. L’impact est donc réel sur le monde urbain et rural. La hausse des prix des carburants aggrave encore plus la situation. «Au-delà de 300 Dhs de gasoil par hectare, l’agriculteur perd et il préfère jeter l’éponge » alerte celui qui a longtemps milité pour la mise en place d’un gasoil agricole. Autre hic majeur évoqué : la spéculation et l’intermédiation triplent les prix le marché.

Défaillance des services publics

Les avis des experts sont unanimes : l’absence de services publics accessibles et de qualité fait du Maroc un pays où le coût de la vie est cher et où la charge supportée par les citoyens en matière de scolarisation, de santé notamment demeure élevée. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a déjà tiré la sonnette d’alarme. Dans sa contribution à l’élaboration du Nouveau Modèle de Développement, le conseil a déploré le fait que « l’enseignement » et « la santé » soient les besoins dont les coûts ont le plus augmenté entre 2007 et 2014 (une hausse de 2,4 points pour le premier et de 2,2 points pour la seconde). «Cette situation contribue à éroder le pouvoir d’achat des ménages vu la charge budgétaire supportée, en particulier pour les classes défavorisées et la classe moyenne (double taxation). Cela augmente leur insatisfaction» souligne le Conseil. Aujourd’hui, le constat est encore plus alarmant.

Dans le secteur de la santé par exemple, le médecin spécialiste de la télémédecine et de la santé connectée, Marouane Hakam, soutient que la dégradation de la qualité des soins est due à la fois à un problème de gouvernance, de financement et de ressources humaines. Il regrette ainsi que le budget accordé au secteur reste dérisoire par rapport à d’autres pays comme la Jordanie où l’on alloue 5 fois plus de moyens à la santé. Il met également l’accent sur la problématique de la pénurie des médecins de première ligne puisqu’au Maroc seuls 32% des médecins sont généralistes contre 68% de spécialistes. Solution préconisée : revoir tout le système et œuvrer pour la création d’un modèle propre au pays qui permettrait d’assurer un service de qualité et d’alléger le poids des citoyens.

Des mesures urgentes s’imposent

Pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs, les experts proposent diverses pistes. Alia insiste sur le rôle du Conseil de la Concurrence dans le contrôle des prix et appelle à une révolution fiscale qui aiderait à réduire la pression sur le consommateur et à instaurer une nouvelle taxe sur la fortune pour équilibrer. Pour alléger la hausse des prix des hydrocarbures, Adil Imad propose la réouverture de la SAMIR mais aussi la révision à la baisse de la TIC appliquée à ces produits. «Cette baisse pourrait certes engendrer des pertes pour l’Etat mais ce manque à gagner pourrait être compensé par la recherche de nouvelles recettes fiscales », précise-t-il.

Autres recommandations phares : Le contrôle de l’intermédiation dans un marché jugé sauvage. Hamid Faridi propose l’instauration d’un impôt sur l’héritage qui boosterait l’investissement et réinjecterait l’argent qui dort dans l’économie. Bouazza Kherrati ne voit pas d’autres issues que de recourir à la réduction de la TVA de 50% sur tous les produits de première nécessité, de revenir sur les augmentations des taxes et des impôts de la loi de finance 2022 sur les produits de consommation et d’appliquer l’article 4 de la loi 112 sur la liberté des prix et de la concurrence, afin de fixer les prix des carburants pour 6 mois.

Source: L’observateur du Maroc 

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