Cash toujours roi : pourquoi 2025 relance une dynamique que la digitalisation n’a pas freinée

La circulation fiduciaire repart à la hausse en 2025, confirmant que la transition vers les paiements digitaux avance, mais pas assez vite pour détrôner l’argent liquide. Les données de Bank Al-Maghrib montrent que, malgré une décennie de modernisation accélérée — cartes bancaires, mobile banking, services publics dématérialisés — le cash continue de dominer les échanges et s’enracine même davantage dans l’économie marocaine.
Après un ralentissement exceptionnel en 2024, dû à l’amnistie fiscale qui avait temporairement ramené une partie des liquidités vers les banques, la tendance de fond réapparaît nettement : la circulation fiduciaire bondit de près de 10% en 2025, portant l’encours à plus de 467 milliards de dirhams à fin septembre. Cette reprise illustre une économie structurellement dépendante du billet, malgré la montée des solutions numériques.
Sur dix ans, l’évolution est saisissante. Le cash a progressé de 131% entre 2014 et 2024, un rythme bien supérieur à celui de la croissance du PIB. Résultat : la part du cash dans l’économie atteint désormais 29% du PIB, un record qui traduit à la fois des habitudes solidement ancrées et un recours massif à la monnaie physique pour les échanges du quotidien comme pour la thésaurisation. Le billet de 200 dirhams incarne parfaitement ce phénomène, puisqu’il représente à lui seul la majorité de la valeur en circulation.
Les cycles saisonniers renforcent cette dynamique. Chaque année, Ramadan, Aïd Al-Adha, l’été et la fin d’année provoquent des pics de demande de cash, alimentés par la consommation, les transferts de la diaspora et l’intensification du commerce. Même avec la progression des paiements électroniques, ces moments-clés continuent de structurer la circulation fiduciaire.
Cette montée du cash exerce une pression directe sur la liquidité bancaire. En 2024, le besoin de refinancement du secteur a nettement augmenté, obligeant Bank Al-Maghrib à intervenir davantage pour répondre aux retraits massifs de billets. Moins de dépôts signifie plus de dépendance vis-à-vis de la banque centrale, donc un coût de financement qui grimpe pour les banques.
Pourquoi, malgré le boom des solutions digitales, le cash conserve-t-il une telle domination ? Les raisons sont multiples. Le poids de l’économie informelle reste déterminant, tout comme la volonté d’éviter la traçabilité dans certaines transactions. Dans de nombreux secteurs — artisanat, services, locations, professions libérales — le billet demeure le mode de paiement privilégié, voire exclusif. S’y ajoutent des réflexes culturels profondément installés, et une confiance encore fragile dans les outils numériques, malgré leur essor.
La digitalisation progresse, mais la transformation nécessaire pour réduire significativement la monnaie fiduciaire va bien au-delà de la technologie. Elle implique une évolution des pratiques, une adaptation des acteurs économiques, et une acceptation plus large des paiements tracés.
En 2025, une chose apparaît clairement : l’argent liquide garde une longueur d’avance. Le ralentissement observé en 2024 n’était qu’un effet conjoncturel. La dynamique repart, et la domination du cash continue de façonner l’économie marocaine.
Avec Le360
