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Sardines sous tension : pourquoi le Maroc ferme le robinet des exportations pour protéger le marché local

Face à une chute préoccupante des débarquements de sardines et à la pression croissante sur les prix, le Maroc a décidé de suspendre les exportations de sardines congelées à compter du 1er février. Une mesure exceptionnelle, motivée par la nécessité de préserver l’approvisionnement national et de contenir l’inflation sur un produit de consommation courante largement présent dans l’alimentation des ménages.

L’annonce a été faite par la secrétaire d’État chargée de la pêche maritime, Zakia Driouich, lors d’une intervention au Parlement. Selon la responsable gouvernementale, cette décision intervient dans un contexte de recul significatif de l’offre, sans qu’une durée précise de l’interdiction ne soit, à ce stade, arrêtée.

Une ressource stratégique sous pression

Poisson emblématique des côtes marocaines, la sardine occupe une place centrale dans l’économie halieutique nationale. Les poissons pélagiques, dont elle constitue la principale composante, représentent près de 80% des ressources halieutiques côtières du Royaume, contre seulement 20% pour les poissons blancs. Le Maroc demeure par ailleurs le premier exportateur mondial de sardines, un statut qui accentue la pression sur les stocks lorsque la ressource se raréfie.

Or, les chiffres récents confirment une dégradation préoccupante de la situation. En 2024, les débarquements de sardines ont chuté de 46%, pour s’établir à environ 525.000 tonnes, selon les données officielles. Cette baisse brutale a déséquilibré le marché, réduisant l’offre disponible tant pour la transformation industrielle que pour la consommation locale.

Pêche illégale et tensions sur l’offre

Les professionnels du secteur alertaient depuis plusieurs mois. L’Union nationale de l’industrie de la conserve de poisson (UNICOP) a récemment appelé les autorités à renforcer la lutte contre la pêche illégale, accusée d’aggraver la surexploitation de la ressource et de fausser les circuits d’approvisionnement. Cette pression supplémentaire, combinée aux aléas climatiques et à la variabilité naturelle des stocks, a contribué à la contraction rapide de l’offre.

Dans ce contexte, la suspension des exportations apparaît comme un levier immédiat pour rediriger les volumes disponibles vers le marché intérieur et soulager une filière sous tension.

Un impact attendu sur le panier du consommateur

Pour le consommateur marocain, cette mesure vise avant tout à stabiliser les prix. La sardine reste l’un des poissons les plus accessibles financièrement et constitue une source essentielle de protéines pour de nombreuses familles. La réduction de l’offre ces derniers mois s’est traduite par une hausse sensible des prix sur les marchés de gros et de détail, alimentant le mécontentement des ménages.

En limitant temporairement les sorties de sardines congelées vers l’export, les autorités espèrent augmenter l’offre locale, réduire la spéculation et freiner la flambée des prix. À court terme, cette décision pourrait donc améliorer la disponibilité du produit et alléger la pression sur le pouvoir d’achat.

Une mesure d’équilibre entre économie et sécurité alimentaire

Si la suspension des exportations peut susciter des inquiétudes chez certains opérateurs tournés vers les marchés extérieurs, le gouvernement met en avant la nécessité de préserver un équilibre entre performance à l’export et sécurité alimentaire nationale. Dans un contexte de raréfaction de la ressource, la priorité est donnée à l’approvisionnement du marché intérieur et à la protection d’un produit de base.

Reste désormais à savoir si cette mesure suffira à enrayer la tension sur les prix et si elle sera accompagnée, à moyen terme, d’un renforcement du contrôle de la pêche et d’une gestion plus durable des stocks. Pour les consommateurs, l’enjeu est clair : préserver l’accès à un poisson populaire sans compromettre l’avenir de la ressource.

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