Décompensation depuis 2012 : l’énergie en baisse, l’alimentaire en hausse!

Une note gouvernementale couvrant la période 2012–2025 met en évidence un rééquilibrage progressif du régime marocain de compensation : le soutien énergétique se contracte par unité, tandis que les dépenses liées aux produits alimentaires prennent davantage de place dans l’effort budgétaire, notamment sous l’effet de la dépendance aux importations et de la volatilité agricole.
Au cœur du dispositif, un produit continue de dominer : le gaz butane, et plus précisément la bonbonne de 12 kg, toujours considérée comme l’unité de référence du système de subvention.
Butane : une subvention unitaire en baisse, mais une facture toujours lourde
Selon la note, le soutien moyen accordé à la bonbonne de 12 kg suit une tendance baissière sur le long terme. Il serait passé de 79 dirhams en 2014 à 61 dirhams en 2024, signe d’un ajustement graduel du transfert énergétique.
Mais cette baisse unitaire ne signifie pas un allègement net de la charge publique. Sur la période récente, la facture du butane reste durablement élevée : plus d’un milliard de dirhams par an entre 2019 et 2024, avec des niveaux qui se maintiennent autour de 1,14 à 1,24 milliard de dirhams selon les années.
Autrement dit, même avec une subvention “par bonbonne” moins généreuse, le butane continue d’occuper une place centrale dans l’équation budgétaire.
Sucre : une dépendance accrue et des dépenses qui explosent par à-coups
Le même document souligne une évolution plus heurtée dans la filière sucrière. Le point le plus marquant est la baisse de la capacité de couverture de la demande par la production nationale : le taux de couverture aurait reculé jusqu’à 15% en 2024, avant un redressement partiel en 2025.
Cette fragilisation se traduit par une compensation plus instable, avec des montants qui bondissent en fonction des prix internationaux et des besoins d’approvisionnement. La compensation du sucre à la consommation affiche ainsi des pics importants, dépassant 2,5 milliards de dirhams en 2023, avant de refluer tout en restant élevée.
En parallèle, la compensation liée à l’importation du sucre connaît elle aussi des à-coups spectaculaires, avec un pic signalé à plus de 700 millions de dirhams en 2021/2022, niveau exceptionnel dans la série.
Céréales : volatilité agricole et soutien permanent à la farine
Côté céréales, la note met en avant une réalité structurelle : les rendements agricoles fluctuent fortement selon les campagnes, ce qui rend le système de soutien quasi permanent.
Le blé tendre, base de la farine nationale, illustre cette logique. Même lorsque la production est au rendez-vous, la collecte reste inférieure aux volumes produits, alimentant un schéma où l’État continue de soutenir les maillons clés : moulins, stockage, transport et logistique.
Résultat : les dépenses liées au blé tendre et à la farine marocaine dépassent régulièrement 1,2 à 1,5 milliard de dirhams par an sur la période récente, confirmant que l’alimentaire représente désormais un poste budgétaire majeur, au même titre que l’énergie.
Ce que révèle la note : une compensation moins énergétique, mais pas moins coûteuse
En filigrane, la note décrit un modèle qui évolue sans se réduire réellement. Le transfert énergétique se contracte progressivement dans sa forme unitaire, mais reste massif en volume. Dans le même temps, la compensation alimentaire devient plus lourde et plus instable, car elle dépend :
- du climat et des rendements agricoles,
- des importations,
- des prix mondiaux,
- et de la capacité de production locale à couvrir la demande.
Au final, la compensation marocaine apparaît comme un système en transition : moins concentré sur l’énergie qu’auparavant, mais toujours structuré autour du butane, tout en étant de plus en plus exposé aux tensions sur les produits alimentaires.
Avec Barlamane
