Dattes : Le Maroc serre la vis aux importations tunisiennes

La Deglet Nour tunisienne perd du terrain dans le Royaume. Entre le retour en force de la production marocaine et l’instauration de quotas imprévus, les exportations tunisiennes vers le Maroc ont chuté de 25 %. Une situation qui redessine les équilibres du marché à l’approche de la fin de saison.
C’est un coup de froid inattendu sur l’axe commercial Tunis-Casablanca. Le Maroc, deuxième plus gros consommateur de dattes au monde après l’Inde, a réactivé un système de quotas à l’importation. Cette mesure, destinée à protéger la production nationale après une campagne agricole marocaine salvatrice, a pris de court les exportateurs tunisiens, dont le Maroc est le débouché naturel.
Un blocage logistique aux ports marocains
L’application soudaine de ces restrictions a provoqué un véritable goulot d’étranglement. Selon les opérateurs du secteur, des cargaisons entières de dattes tunisiennes se sont retrouvées immobilisées dans les ports marocains, engendrant des frais de stationnement colossaux. Les chiffres rapportés par Fresh Plaza sont sans appel : le manque à gagner pour la Tunisie s’élève à 4 000 tonnes, soit un recul d’un quart des volumes habituels vers le Royaume.
Si le principe de protection de la production locale marocaine est jugé « compréhensible » par les professionnels tunisiens, c’est la brutalité de la mise en œuvre qui fait grincer des dents, désorganisant des circuits logistiques déjà mis à mal par l’avancée du calendrier du Ramadan.
Le paradoxe des prix : moins de volume, plus cher
Malgré cette baisse des flux, le consommateur marocain ne profite pas de prix plus bas. Au contraire, le prix de la datte tunisienne sur les étals du Royaume a bondi de 30 % en un an. Ce paradoxe s’explique par l’explosion des coûts logistiques et des délais de déchargement qui se répercutent directement sur le prix final au kilo.
Un potentiel de rattrapage d’ici l’été ?
Tout n’est pas perdu pour la campagne tunisienne. Avec un stock global de 90 000 tonnes expédiées à travers le monde, les opérateurs disposent encore d’une fenêtre de cinq mois pour écouler leurs réserves. La qualité de conservation des stocks actuels permet d’envisager un rattrapage commercial, d’autant que la demande internationale pour la variété Deglet Nour reste ferme.
Pour le Maroc, cette reprise en main des importations marque une volonté claire de valoriser ses propres palmeraies (Mejhoul, Boufeggous), dont la récolte 2025/2026 a bénéficié de conditions climatiques nettement plus clémentes. Le marché de la datte devient ainsi le miroir d’une souveraineté alimentaire marocaine qui n’hésite plus à s’affirmer, quitte à bousculer ses partenaires régionaux.
