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Marchés d’Agadir : Quand l’oignon espagnol dicte sa loi par le prix

C’est un paradoxe qui anime les allées du Souk El Had en cette fin de Ramadan. Face à une production locale qui s’affiche à des sommets, l’oignon ibérique s’est engouffré dans la brèche. Moins robuste mais plus accessible, il devient la roue de secours d’un consommateur gadiri pris à la gorge par l’inflation.

Dans la capitale du Souss, le cœur des ménagères balance, mais le portefeuille, lui, a déjà tranché. Depuis la mi-Ramadan, un nouvel invité s’est imposé sur les étals des primeurs d’Agadir : l’oignon importé d’Espagne. Si le produit national conserve son aura de qualité, son prix, flirtant avec les 18 dirhams le kilogramme, l’a rendu prohibitif pour une large partie de la population.

L’arbitrage par le portefeuille

Au Souk El Had, les commerçants observent ce glissement de la demande avec pragmatisme. Proposé entre 8 et 10 dirhams, l’oignon espagnol affiche un différentiel de prix presque du simple au double par rapport au « karkoub » local. Pour Idriss Abelkassem, vendeur de légumes sur place, le constat est sans appel : le client regarde désormais l’étiquette avant la texture.

Pourtant, la comparaison tourne court sur le plan de la conservation. Si l’oignon marocain est réputé pour sa résistance et sa capacité à tenir plusieurs semaines, son cousin espagnol, souvent passé par les circuits de réfrigération, ne dépasse guère les sept jours de vie une fois sur l’étal. Un sacrifice sur la qualité que les foyers acceptent pour préserver l’équilibre de leur budget quotidien.

Une pénurie saisonnière en toile de fond

Cette intrusion massive de l’importation ibérique n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’un creux de production. La campagne de l’oignon de garde touche à sa fin, créant une tension mécanique sur l’offre. Si la variété « herrif » (oignon vert) reste disponible, elle ne suffit pas à combler les besoins d’une cuisine marocaine où l’oignon sec est la pierre angulaire de presque tous les plats.

[Image d’un stock d’oignons rouges et blancs importés au milieu du Souk El Had]

Vers une accalmie estivale

Les professionnels du secteur se veulent toutefois rassurants. Cette dépendance à l’importation ne devrait être que transitoire. Avec l’arrivée de la saison estivale et le lancement de la nouvelle récolte nationale, les volumes devraient repartir à la hausse.

Les prévisions des vendeurs tablent sur un retour à la normale d’ici quelques semaines, avec des prix cibles oscillant entre 3 et 5 dirhams le kilo. En attendant ce rééquilibrage du marché, l’oignon espagnol continue de jouer les pompiers de service dans les cuisines d’Agadir, illustrant la porosité de nos marchés face aux chocs de prix locaux.

Avec Le360

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