Tourisme: les agences de voyages poussées vers un modèle premium par l’IA et les plateformes digitales

Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle et des plateformes numériques, le modèle traditionnel des agences de voyages connaît une profonde mutation. Pour l’économiste et opérateur touristique Said Tahiri, le secteur n’est pas condamné, mais appelé à changer radicalement de positionnement.
«Ce n’est pas la fin des agences de voyages. C’est la fin d’un modèle classique vieux de 30 ans», affirme-t-il dans un entretien accordé à Finances News Hebdo.
Selon lui, la valeur ajoutée des agences ne réside plus dans l’accès à l’information ou la simple réservation de billets et d’hôtels, désormais largement dominés par les plateformes digitales et les outils d’intelligence artificielle.
Le rôle des opérateurs évolue progressivement vers le conseil, la personnalisation et la sécurisation de l’expérience client, particulièrement pour les voyages complexes, les circuits sur mesure, les groupes ou les situations sensibles.
L’intelligence artificielle accélère cette transformation. Le marché mondial de l’IA appliquée au tourisme est estimé à près de 3 milliards de dollars en 2024 et pourrait dépasser 27 milliards de dollars d’ici 2035, selon les projections citées par Said Tahiri.
Pour autant, il estime que l’IA reste surtout efficace sur les voyages standardisés et à faible risque. «Le client utilisera l’IA pour s’inspirer et l’agence pour sécuriser et sublimer son expérience», résume-t-il.
Dans ce nouveau paysage, les agences qui se limiteront à une fonction transactionnelle risquent progressivement d’être marginalisées. À l’inverse, celles capables d’intégrer les outils numériques tout en développant une expertise humaine différenciante pourraient renforcer leur positionnement.
Le Maroc dispose, selon lui, d’atouts importants grâce à une destination touristique diversifiée mêlant tourisme culturel, balnéaire, désertique et affaires. Mais le pays accuse encore un retard important dans la digitalisation du secteur.
Said Tahiri pointe notamment la faible utilisation des outils CRM, la sous-exploitation des données touristiques et une fragmentation persistante de l’offre.
Face à des géants mondiaux comme Booking.com ou Expedia, il estime que les agences marocaines ne doivent pas chercher une confrontation directe sur le terrain technologique.
La stratégie gagnante passerait plutôt par les niches à forte valeur ajoutée, l’accompagnement humain premium et des offres spécialisées capables de répondre à des besoins complexes ou personnalisés.
Dans un environnement mondial marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques, il considère également que la sécurité devient désormais un critère central dans le choix des voyageurs.
À moyen terme, l’opérateur anticipe ainsi une coexistence entre deux modèles: un modèle largement automatisé dominé par les plateformes numériques et un modèle plus humain, spécialisé et haut de gamme.
Selon lui, le métier d’agent de voyages évolue progressivement «d’un métier de vendeur vers un métier de conseiller stratégique en voyage».
Avec FNH

