
Le Maroc s’apprête à profondément restructurer le secteur de la livraison de colis et du e-commerce à travers un nouveau projet de loi visant à encadrer les activités du “last mile”, longtemps marquées par un important flou réglementaire.
Présenté en marge du salon Logismed 2026 par Mohamed Talal, PDG de CEOS Technology et acteur institutionnel au sein de la Fédération du transport et de la logistique, le texte prévoit l’instauration d’un régime d’autorisation obligatoire pour les opérateurs de livraison de colis et de messagerie e-commerce.
Le futur dispositif prévoit des sanctions particulièrement lourdes contre les opérateurs exerçant sans agrément, avec des amendes allant de 500.000 à 5 millions de dirhams ainsi que des peines pouvant atteindre trois ans de prison ferme pour les dirigeants concernés.
Cette réforme vise à structurer un marché en pleine explosion, marqué par une forte progression du commerce électronique mais aussi par l’informalité, les défaillances logistiques et les litiges liés aux remboursements et au paiement à la livraison.
Le projet de loi prévoit également la suppression du monopole historique sur les colis de moins d’un kilogramme, hérité d’une législation datant de 1924. Une redevance pourrait toutefois être instaurée au profit de l’opérateur postal historique afin de financer ses missions de service public, notamment dans les zones éloignées.
Au-delà du cadre juridique, les débats organisés lors de Logismed 2026 ont surtout mis en lumière les difficultés structurelles du “last mile”, considéré aujourd’hui comme le principal point de tension du e-commerce marocain.
Selon Mohamed Talal, entre 30% et 40% des livraisons nécessitent une relivraison en raison de l’absence du client ou d’un second passage demandé. Les retours de marchandises peuvent, eux, atteindre jusqu’à 40% selon les plateformes et les catégories de produits.
Au total, entre 60% et 70% des coûts logistiques seraient absorbés par ces opérations de relivraison et de gestion des retours.
Pour répondre à cette problématique, CEOS Technology développe actuellement “Neobox”, un système de consignes automatiques permettant aux clients de récupérer leurs colis via des casiers intelligents accessibles par code SMS ou email.
Le paiement à la livraison reste également au cœur des enjeux du secteur. Omar Alami, fondateur de ORA Technologies, a indiqué que sa filiale Cathedis traite plus de 220.000 colis par mois et collecte près d’un milliard de dirhams par an via le paiement à la livraison.
Pour accélérer la digitalisation des flux financiers, l’entreprise déploie actuellement “Ora Cash”, une solution de mobile wallet destinée aux livreurs afin d’instantanéiser les paiements et fluidifier les transferts financiers entre plateformes, commerçants et clients.
Du côté du quick commerce, Glovo Maroc estime que les principaux défis concernent désormais moins la livraison elle-même que la qualité des données et la gestion des stocks en temps réel.
Selon Hamza Naciri Bennani, directeur général de la plateforme, la digitalisation des catalogues produits et des stocks constitue aujourd’hui un enjeu central pour améliorer la fiabilité du commerce instantané.
Le projet de loi pourrait être adopté dès la prochaine session parlementaire de septembre, avec une entrée en vigueur progressive attendue entre mars et juin 2027 après publication des décrets d’application.
Source Le Matin

