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E-commerce : le Maroc veut transformer un marché de 19 milliards de DH en champion africain d’ici 2030

Le commerce électronique est en train de changer profondément les règles du commerce mondial. Face à cette mutation, le Maroc prépare sa riposte. Le ministère de l’Industrie et du Commerce travaille actuellement sur une feuille de route nationale destinée à structurer le secteur, lever ses freins et faire du Royaume un acteur de référence du e-commerce en Afrique.

L’enjeu dépasse largement la simple vente en ligne. Derrière cette stratégie se joue la capacité du Maroc à valoriser le « Made in Morocco », à renforcer sa présence sur les marchés internationaux et à capter une part d’un marché mondial dont la croissance continue d’accélérer.

Un marché mondial qui fonce vers les 8.000 milliards de dollars

Les chiffres donnent la mesure des enjeux. Selon les données du ministère, les ventes mondiales du commerce électronique ont atteint 5.800 milliards de dollars en 2023 et devraient dépasser 8.000 milliards de dollars à l’horizon 2027, soit une progression de près de 40% en quatre ans.

Cette croissance s’accompagne d’une transformation profonde des habitudes de consommation. Dans plusieurs régions du monde, les ventes en ligne progressent à deux chiffres tandis que les ventes physiques stagnent ou reculent. De nombreuses marques internationales réorientent désormais leurs investissements vers les canaux digitaux, réduisant progressivement leurs réseaux de magasins traditionnels.

Un marché marocain de 19 milliards de dirhams

Le Maroc n’échappe pas à cette dynamique. Le chiffre d’affaires du commerce électronique national a atteint 19 milliards de dirhams à fin septembre 2023, avec un rythme de croissance moyen supérieur à 30%.

Ces performances témoignent de l’existence d’un marché en pleine structuration, soutenu par la généralisation d’Internet, la montée en puissance des paiements numériques et l’émergence d’une nouvelle génération de consommateurs habitués aux achats en ligne.

Le Royaume dispose également d’un écosystème entrepreneurial dynamique. Plusieurs plateformes créées par des entrepreneurs marocains ont réussi à attirer des milliers d’utilisateurs, parfois bien au-delà des frontières nationales.

Pourquoi le potentiel reste encore sous-exploité

Malgré cette croissance rapide, les pouvoirs publics considèrent que le commerce électronique marocain est encore loin d’avoir atteint son plein potentiel.

Plusieurs obstacles continuent de freiner son développement : complexité réglementaire, questions fiscales, insuffisances logistiques, difficultés liées aux paiements électroniques, manque d’intégration des PME et faible présence des entreprises marocaines sur les grandes plateformes internationales.

À cela s’ajoutent des enjeux de confiance. Les problématiques de protection du consommateur, de fraude en ligne, de qualité des produits ou encore de sécurité des transactions restent régulièrement citées parmi les principaux freins à l’achat sur Internet.

Une feuille de route construite autour de cinq priorités

Pour bâtir sa future stratégie, le ministère prévoit d’abord un diagnostic approfondi du secteur.

L’étude examinera notamment :

  • Le cadre réglementaire et fiscal du commerce électronique.
  • Les infrastructures numériques et logistiques.
  • Les modèles économiques existants.
  • Les nouvelles chaînes de valeur créées par le digital.
  • Les opportunités offertes aux secteurs productifs comme le textile ou l’agroalimentaire.

L’objectif est également d’identifier les secteurs capables de tirer le meilleur parti du commerce électronique pour développer leurs exportations.

Le pari africain de la Zlecaf

L’un des axes majeurs de réflexion concerne le positionnement du Maroc dans le futur marché numérique africain.

L’entrée en vigueur progressive du protocole de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) consacré au commerce électronique ouvre de nouvelles perspectives. Les autorités souhaitent profiter de cette évolution pour faire du Royaume une plateforme régionale capable de connecter les producteurs marocains aux marchés africains.

Cette ambition s’inscrit dans la stratégie plus large du Maroc visant à renforcer son rôle de hub économique entre l’Europe et l’Afrique.

S’inspirer des meilleurs modèles internationaux

Le ministère prévoit également un important travail de benchmark international afin d’analyser les expériences des pays les plus avancés dans le domaine.

Les modèles de gouvernance, les dispositifs fiscaux, les infrastructures logistiques et les mécanismes de soutien aux entreprises seront étudiés afin d’identifier les bonnes pratiques pouvant être adaptées au contexte marocain.

Objectif 2030 : croissance, emplois et exportations

La future stratégie devra déboucher sur un modèle national du commerce électronique à l’horizon 2030.

Les objectifs porteront notamment sur :

  • L’accélération de la croissance du secteur.
  • L’amélioration de la compétitivité des entreprises marocaines.
  • L’intégration des PME dans l’économie numérique.
  • Le développement des exportations.
  • La création d’emplois.
  • L’attraction de nouveaux investissements.

Des programmes opérationnels seront également définis dans des domaines clés comme la logistique, l’innovation, la formation, les compétences numériques, la fiscalité et les mécanismes de financement.

Faire du e-commerce un nouveau moteur économique

Au-delà des seuls acteurs du numérique, le gouvernement voit dans le commerce électronique un levier de transformation de l’ensemble de l’économie nationale.

L’enjeu consiste désormais à passer d’un marché en forte croissance à un véritable écosystème capable de soutenir l’internationalisation des entreprises marocaines, de renforcer la compétitivité du tissu productif et de positionner le Maroc parmi les principales plateformes numériques du continent africain.

La bataille du commerce de demain se jouera en grande partie sur Internet. Avec cette feuille de route, le Maroc affiche clairement son intention de ne pas rester simple consommateur de cette révolution, mais d’en devenir l’un des acteurs régionaux majeurs.

Avec Le Matin

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