Santé: près de 700 médecins quittent le Maroc chaque année

La fuite des compétences médicales continue de fragiliser le système de santé marocain. Selon les organisations représentatives du secteur, près de 700 médecins formés au Maroc choisissent chaque année de poursuivre leur carrière à l’étranger, soit une moyenne de 1,9 départ par jour.
Cette tendance intervient dans un contexte marqué par une pénurie persistante de ressources humaines médicales. Le Royaume compterait aujourd’hui environ 32.000 médecins, un effectif jugé insuffisant au regard des besoins croissants de la population et des ambitions portées par la généralisation de la couverture médicale obligatoire.
Les professionnels du secteur alertent sur les conséquences de cette émigration continue, qui touche aussi bien les établissements publics que privés. Selon le Collège syndical national des médecins spécialistes privés (CSNMSP), le Syndicat national des médecins du secteur libéral (SNMSL), le Syndicat national de la santé publique (SNSP) et l’Association nationale des cliniques privées du Maroc (ANCP), cette perte de compétences constitue désormais un risque structurel pour la réussite de la réforme du système de santé.
Au-delà du déficit global en médecins, le phénomène accentue les disparités territoriales en matière d’accès aux soins. Certaines régions peinent déjà à attirer ou à maintenir des praticiens, ce qui allonge les délais de prise en charge et complique l’accès aux spécialités médicales pour une partie de la population.
Les représentants du secteur estiment que cette situation pose également la question de la justice sanitaire et de la capacité du système à répondre aux besoins générés par l’élargissement de la couverture sociale et médicale.
Face à cette réalité, les professionnels plaident pour un ensemble de mesures destinées à renforcer l’attractivité de l’exercice médical au Maroc. Parmi les priorités évoquées figurent l’amélioration des conditions de travail, la modernisation de l’organisation du secteur ainsi qu’une meilleure valorisation de l’acte médical.
Ils réclament notamment une révision de la Tarification Nationale de Référence (TNR), inchangée depuis 2006, estimant qu’une actualisation de ce cadre tarifaire contribuerait à améliorer les équilibres économiques du secteur, à réduire certaines tensions financières et à encourager une plus grande adhésion des praticiens aux mécanismes liés à la couverture médicale.
Ces enjeux devraient figurer au cœur des discussions de l’assemblée générale des professionnels de santé, appelée à examiner les solutions susceptibles de freiner l’exode des médecins et de renforcer durablement les capacités du système de santé national.
Avec Assabah
