Crise du poulet : les éleveurs demandent une enquête sur l’effondrement des prix

La filière marocaine du poulet de chair traverse une crise majeure marquée par un effondrement des prix à la production et des pertes importantes pour les éleveurs. Face à cette situation, l’Association nationale des éleveurs de poulets de chair appelle à l’ouverture d’une enquête indépendante sur la gestion du secteur et sur les causes des déséquilibres qui fragilisent des milliers d’exploitations.
Selon les professionnels, les prix pratiqués à la sortie des élevages sont désormais largement inférieurs aux coûts de production. Mohamed Abboud, président de l’association, indique que le coût de production d’un kilogramme de poulet varie entre 15 et 17 dirhams, alors que les éleveurs sont contraints de vendre leur production entre 7 et 9 dirhams le kilogramme. Dans le même temps, le consommateur continue de payer le poulet entre 12 et 15 dirhams selon les régions.
Pour les éleveurs, cette situation ne relève pas d’une simple fluctuation conjoncturelle liée à la saison ou à l’Aïd Al-Adha. Ils dénoncent des dysfonctionnements structurels, notamment l’absence de mécanismes efficaces de régulation de la production et du marché.
L’association estime que le principal problème réside dans un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande. Chaque semaine, près de 15 millions de poussins seraient mis sur le marché alors que la consommation nationale absorberait en moyenne 9 millions d’unités. Durant certaines périodes, notamment autour de l’Aïd, la demande recule davantage, aggravant les excédents de production et accentuant la pression sur les prix.
Les représentants des éleveurs critiquent également le bilan du contrat-programme de mise à niveau de la filière avicole. Selon eux, les objectifs annoncés en matière de soutien aux producteurs et de protection du consommateur n’ont pas été atteints. Ils estiment que les bénéfices des politiques publiques ont surtout profité à certains grands opérateurs, tandis que les petits et moyens éleveurs continuent de faire face à de fortes difficultés économiques.
Face à cette situation, l’association met en cause à la fois les autorités publiques et les instances professionnelles du secteur. Elle réclame une évaluation approfondie des dispositifs mis en place et souhaite identifier les éventuels bénéficiaires des déséquilibres actuels au nom des principes de transparence et de responsabilité.
Parmi les mesures proposées figurent le recensement des petits éleveurs afin de leur permettre d’accéder directement aux aides publiques, ainsi que l’exonération de TVA sur les aliments destinés à l’aviculture. L’objectif est de réduire les coûts de production et d’améliorer la viabilité économique des exploitations.
Les professionnels demandent enfin une intervention rapide des pouvoirs publics pour éviter une aggravation de la crise, qu’ils considèrent comme une menace directe pour la pérennité de milliers d’élevages et pour l’équilibre de l’ensemble de la filière avicole marocaine.
