Lait: une journée à l’usine Fqih Bensaleh de Centrale Danone

Un évènement exceptionnel : Centrale Danone ouvre ses usines au grand public, à la presse dans un premier temps. Dans ce sens, une visite a été organisée le jeudi 30 août à l’usine de Fqih Bensaleh, une des quatre manufactures de la marque au Maroc (avec les usines de Salé, El Jadida et Meknès).

L’usine de Fqih Bensaleh est davantage connue par sa performance en matière de production de lait frais pasteurisé.

Notre hôte est Denis Hermant, vice président industriel de la filiale marocaine de Danone, et ses collaborateurs sur place, tous de jeunes marocains, issus vraisemblablement de la région.

L’accent a été clairement mis sur la qualité du lait frais pasteurisé en montrant aux journalistes, étape par étape, comment ce dernier est fabriqué.

Il est en effet interpellant de constater le nombre bien important des contrôles à tous les niveaux de la production : de la collecte du lait frais auprès des éleveurs au produit fini. Ainsi, à la collecte, un premier contrôle est effectué pour relever la présence ou non d’antibiotiques. «Certains éleveurs, tout en sachant que nous ne prenons pas de lait contaminé, le mélange au lait sain. Nous sommes dans l’obligation de rejeter l’ensemble car cela risque de contaminer l’ensemble de notre production pour un jour donné. Et c’est un risque que nous n’allons jamais courir même si cela pénalise le petit éleveur en question», explique Hermant.

Mais c’est quoi le problème des antibiotiques au juste?

Il s’agit en fait des restes de traitement médical ingéré aux vaches laitières malades. Etant des organes vivants, ces antibiotiques ne peuvent visiblement pas être éliminés via thermisation comme c’est le cas des microbes par exemple.

Le risque est que, consommés à la longue, ces antibiotiques affaiblissent l’immunité naturelle du corps face aux maladies.

Voilà un premier contrôle et un premier risque éliminé. Les autres tests portent sur la température du lait, sa conformité, sa valeur nutritive, matière grasse, acidité, etc.

On parle de plus de 1.100 analyses réalisées par jour pour la seule zone du Tadla. Ces tests coûtent à la firme la somme de 10 millions de dirhams annuels…

Avec ce système de contrôle visiblement verrouillé, doublé des contrôles inopinés de l’Onssa, le lait livré au consommateur est donc bien conforme à la réglementation sanitaire nationale et au système de qualité du leader mondial qu’est Danone.

Mais qu’en est-il de sa qualité nutritive ?

En effet, l’un des reproches qui ont été formulés à l’égard de Centrale Danone pour ce qui est de sa politique de prix est que son lait frais pasteurisé serait vidé de sa substance en termes de matières grasse et donc de protéine. En gros, «la firme vendrait de l’eau et des youyous au prix du lait », si l’on veut grossièrement schématiser le grief des boycotteurs. Ces derniers appuient tout de même leur propos par cette image gardée dans l’imaginaire de l’époque du lait en berlingot dans le fond duquel on retrouvait du beurre, du vrai, après avoir évacué le lait!

«Ce beurre qui remontait en surface était à un moment donné considéré comme un défaut de fabrication du à un manque d’homogénéité du lait», explique Hermant. Et ce dernier de poursuivre : «nous avons amélioré nos procédés de fabrication de sorte à avoir un lait homogène en pressant le beurre pour qu’il s’intègre intégralement dans le lait liquide. Cela veut dire que le lait vendu aujourd’hui contient autant de beurre qu’auparavant. Mais si le consommateur marocain est nostalgique à cette époque de lait non homogène je pense que c’est un élément qu’il faut prendre en considération».

Quid alors de la question d’un lait fait entièrement de poudre ?

«Pas de poudre dans notre lait frais pasteurisé»,  tranche, quasi fâché le vice-président industriel, fils de paysans français. Tout en précisant que l’interdiction réglementaire d’utiliser du lait en poudre répond davantage à un souci de protection économique de l’amont agricole qu’à un impératif de santé, il explique que, dans les faits, le lait en poudre va exclusivement à la production de produits laitiers élaborés, exigeant un certain degré de viscosité et un type bien précis de textures (yaourts, fromages, etc.).

D’ailleurs l’usine de Fqih Bensaleh dispose d’une tour de séchage, la plus grande au Maghreb, pour alimenter les besoins des usines (Meknès et Salé notamment) en poudre de lait.

En gros, il serait financièrement plus intéressant pour Centrale Danone de transformer tout le lait qu’elle collecte en poudre pour ensuite la transformer en produits élaborés plus chers que le simple lait frais pasteurisé. Pourquoi la firme ne le fait pas ? Il est clair qu’il y a derrière un tel choix l’attachement à une certaine conception de la RSE et de la citoyenneté de la part du top management Danone.

En tout cas pour ce qui est de la qualité toujours, les responsables de l’usine Fqih Bensaleh assurent qu’aucun lait n’est stocké en l’état frais: tout ce qu’on reçoit dans une journée est traité dans la même journée. Quand les quantités dépassent la capacité de traitement sous les 24h en lait pasteurisé, le surplus passe à la tour de séchage.

Cette usine, fleuron industriel de Danone au niveau africain, produit également du beurre dont le goût vaut vraiment le détour…