Conseil de Bank Al Maghrib : 2021 l’année de tous les espoirs

Réuni ce mardi 22 septembre, le Conseil de Bank Al-Maghrib a estimé que les conditions de financement de l’économie restent adéquates. Il a décidé ainsi de maintenir le taux directeur inchangé à 1,5%. , Durant cette réunion, le conseil a passé en revue les développements de la conjoncture économique et sociale et les projections macroéconomiques à moyen terme de la Banque. «Ces dernières ont été ajustées par rapport à l’édition de juin à la lumière des données disponibles, de l’évolution de la situation sanitaire et de la réponse des autorités. Le scénario central qui en découle table sur une contraction plus prononcée de l’économie en 2020, suivie d’un relatif rebond en 2021. Il reste cependant entouré d’un degré exceptionnellement élevé d’incertitudes liées notamment à l’évolution de la pandémie et à ses conséquences aussi bien au niveau national qu’international», note-t-on auprès de la banque centrale.

Hausse de l’indice des prix de consommation

Cela dit, après une stagnation au deuxième trimestre et une légère baisse en glissement annuel en juillet, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 0,9% en août suite à la hausse des prix des produits alimentaires à prix volatils. Sur les 8 premiers mois la progression moyenne de cet indice a été de 0,7%. «Dans un contexte marqué par de faibles pressions émanant de la demande, l’inflation continuerait d’évoluer à des niveaux bas, ressortant à 0,4% en moyenne en 2020 avant de s’accélérer modérément à 1% en 2021», précise-t-on auprès du conseil de la banque centrale. Au niveau international les évolutions durant le deuxième trimestre 2020 augurent d’une récession prévue. Elle serait la plus importante depuis la crise de 1929.

Les dégâts économiques du confinement

«Au Maroc, les dernières données des comptes nationaux restent celles relatives au premier trimestre 2020 et ne reflètent donc que partiellement l’effet de la pandémie sur l’économie. Elles font ressortir une forte décélération de la croissance à 0,1% contre 2,8% le même trimestre un an auparavant. Pour l’ensemble de l’année 2020, la prévision annoncée en juin a été ajustée à la baisse au regard du redémarrage plus lent que prévu de l’activité, de la mise en place de certaines restrictions locales ou sectorielles suite à la recrudescence des infections, ainsi que de la poursuite de la fermeture quasi-totale des frontières pour les voyageurs», souligne Bank Al Maghrib. Ainsi, selon le scénario de base retenu par la banque centrale, on s’attend à une contraction de 6,3% de l’économie marocaine avec des reculs de 5,3% de la valeur ajoutée agricole et de 6,3% de celle des secteurs non agricoles. Pour l’année prochaine, le PIB devrait se hisser de 4,7%, grâce à la hausse de 12,6% de la valeur ajoutée agricole (dans l’hypothèse d’une récolte céréalière de 75 millions de quintaux), et grâce aussi à une amélioration de 3,7% de celle non agricole.  Toutefois, ces prévisions restent incertaines a cause du coronavirus. Au niveau du marché du travail, les données du HCP relatives au deuxième trimestre font ressortir une perte nette, par rapport au même trimestre de 2019, de 589000 emplois dont les 4/5 enregistrés au niveau de l’agriculture. Il faut ajouter à cela que près des 2/3 des personnes qui ont gardé leurs emplois ont travaillé moins que d’habitude et le volume horaire hebdomadaire par personne a reculé de 45 à 22 heures. Cette baisse concerne surtout les secteurs non agricoles. En parallèle, le nombre d’actifs a diminué de 93 000 personnes et le taux d’activité est passé de 45,8% à 44,8%. Ainsi, le taux de chômage s’est aggravé de 8,1% à 12,3%. Il est passé de 11,7% à 15,6% dans les villes et de 3% à 7,2% dans les campagnes.

 

L’automobile boostera les exportations en 2021

Par ailleurs, les exportations de biens ont régressé, en glissement annuel, de 17% à fin juillet à cause notamment de la baisse 28,7% des ventes du secteur automobile et de 29,5% celles du textile. De leur côté,  les importations ont connu une baisse de 17,5%, traduisant en outre  essentiellement des baisse de 18,5% des acquisitions de biens d’équipement et de 24,8% des achats de produits finis de consommation, ainsi qu’un allègement de 31,6% de la facture énergétique. « S’agissant des  recettes de voyage, leur reflux s’est accentué à 44,1% alors que celui des transferts des MRE s’est limité à 3,2% », note Bank Al Maghrib. Cette dernière prévoit que pour l’ensemble de l’année, les exportations devraient baisser de 16,6% avant d’enregistrer une hausse  de 22,4% en 2021, portées en particulier par la progression prévue des expéditions du secteur automobile.

Les transferts des MRE plus résilients à la crise

Les importations de biens devraient reculer de 17,4% avant de se hisser de 17% en 2021. Quant aux recettes de voyage, elles passeraient de 78,8 milliards de dirhams en 2019 à 23,9 milliards en 2020 En 2021, elles devraient s’établir à 49,1 milliards en 2021. Plus résilients à la crise, les transferts des MRE ne devraient baisser que de 5% à 61,5 milliards avant de bondir de  2,4% à 63 milliards en 2021. «Ainsi, et en tenant compte de rentrées de dons à hauteur de 7,2 milliards de dirhams en 2020 et de 2,6 milliards en 2021, le déficit du compte courant devrait se creuser à 6% du PIB en 2020, au lieu de 10,3% prévu juin, et s’alléger à 5,2% du PIB en 2021. Concernant les entrées d’IDE, elles reculeraient à l’équivalent de 1,5% du PIB cette année, contre 2,9% du PIB en 2019, avant de revenir en 2021 au niveau moyen observé avant la crise. Ainsi, tenant compte de la mobilisation exceptionnelle des financements extérieurs, l’encours des avoirs officiels de réserve avoisinerait 294,7 milliards de dirhams à fin 2020 et 289 milliards à fin 2021, soit une couverture autour de 6 mois et 20 jours d’importations de biens et services », prévoit la banque centrale.

 

 

L’encours du crédit bancaire au secteur non financier en hausse

Sur un autre registre, la hausse importante des prêts de trésorerie accordés aux entreprises privées, a généré une croissance en glissement annuel, de 6% à fin juillet de l’encours du crédit bancaire au secteur non financier. «Il devrait, tenant compte de l’évolution prévue de l’activité économique et de l’effet attendu du programme Intelaka ainsi que des différentes mesures de soutien et de relance, enregistrer une progression autour de 4% en 2020 et en 2021. Reflétant essentiellement la réduction de 25 points de base du taux directeur opéré en mars dernier, les taux débiteurs ont reculé de 29 points de base à 4,58% en moyenne au deuxième trimestre, baisse ayant profité aussi bien aux grandes entreprises qu’aux TPME », ajoute la banque centrale. Ce recul devrait se poursuivre au regard de la réduction de 50 points de base du taux directeur opérée en juin et de la mise en place de dispositifs de garantie pour le financement de la relance à des conditions indexées sur ce taux.

 

Le taux de change en recul

Concernant le taux de change effectif réel, ce dernier devrait reculer de 0,8% en 2020 et de 2% en 2021. Il s’agit là des conséquences d’une dépréciation en termes nominaux ainsi que d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des pays partenaires et concurrents commerciaux.

 

Enfin, l’exécution budgétaire au terme des huit premiers mois de l’année en cours fait ressortir un déficit de 46,5 milliards de dirhams, contre 35,2 milliards en 2019 et ce à cause du solde positif de 9 milliards du fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie. Les recettes ordinaires ont baissé de 6,5%, impactées par le recul de 8,4% des rentrées fiscales. En revanche , les dépenses globales ont augmenté de 2,5%, suite notamment à la hausse de 8,3% des charges au titre des autres biens et services. De leur côté, les dépenses d’investissement ont reculé de 4,7% et celles au titre de la compensation de 6,4%.