LA TRILOGIE SELON ROSET, LA TRILOGIE SELON ROSET

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Depuis 150 ans, cette entreprise familiale de la région Rhône-Alpes a pour philosophie la créativité tout en assurant le rôle d’éditeur, de fabricant et de distributeur. Aujourd’hui, la cinquième génération Roset entre en scène…

Chez les Roset, on ne fête pas les anniversaires. Mais, cette fois-ci, il a bien fallu que Pierre et Michel Roset, les actuels dirigeants, passent outre cette coquetterie pour honorer ce siècle et demi consacrant la réussite de leur groupe industriel sur quatre générations. Fait rare : Roset cumule les trois métiers d’éditeur, de fabricant et de distributeur. Plus de soixante-dix créateurs au catalogue et cinq sites de production localisés en Rhône-Alpes. Le bastion familial est situé à Briord, à mi-chemin entre Lyon et Annecy. Non loin de l’endroit où l’aïeul, en 1860, installa des roues à aubes pour débiter du bois. Aujourd’hui, Roset peut s’enorgueillir de compter parmi les leaders mondiaux de l’ameublement contemporain. Cette conversion au design remonte à l’époque des yéyés quand Jean Roset, père de Pierre et Michel, prend ce virage stratégique. Exit le mobilier de grand-papa en bois tourné. Vive les mousses et les assises au ras du sol. Ce basculement vers la modernité s’exprime avec Michel Ducaroy, designer-maison intégré au milieu des années 60. Le mot « design » vient à peine d’être intronisé dans la langue française quand son fameux siège-coussin Togo -toujours en production et vendu à plus 1,2 million d’exemplaires depuis 1973 -devient l’idole des jeunes et l’icône de la marque Ligne Roset, qui naît officiellement à cette époque. Un succès tout commes les Kali, Adria, Salina, ou encore Safi Marsala et son étrange coque en méthacrylate. L’autre personnage de cette décennie est Bernard Govin et son siège paysage soixante-huitard en forme de vagues, Asmara. « Roset a réussi à imposer l’image d’une marque à l’avant-garde, créative et non-conformiste en s’adressant aux meilleurs publicitaires du moment, l’agence Roux-Séguéla », observe Dominique Forest, commissaire de l’exposition, au musée des Arts décoratifs à Paris, « Mobi-Boom » axée sur cette époque épique. Le recours aux publicités électrochocs reste l’un de ces signes identitaires. Hier, Roset usait et abusait de slogans pied de nez du genre « Avant, on méprisait l’esprit bourgeois, aujourd’hui on s’assied dessus » ou « Pas conformiste, confortable. Nuance ». Aujourd’hui, la marque joue la carte du sensible-sensuel pour parler du meuble, en affichant un piercing dans la langue ou un sein à peine voilé… De quoi marquer les esprits.

 

DES INCONNUS ET DES STARS

L’investissement de Roset dans la création se renforce, dès les années 80, avec les frères Pierre et Michel. « Nous ne proposons que des produits signés par un architecte ou un designer. L’investissement en la matière est énorme, de l’ordre de 3 à 4 % de notre chiffre d’affaires. C’est la seule façon de pouvoir progresser et de s’imposer sur les marchés étrangers », indiquent-ils. La concurrence respecte ce groupe français qui réussit à toucher une clientèle plus large que celle des Italiens ciblée sur le très haut de gamme. La botte secrète de Roset tient en son réseau international établi depuis des lustres, notamment en Allemagne depuis 1967. Au total 679 points de vente dans le monde dont 107 en France où la maison est doublement présente avec Ligne Roset et Cinna, une seconde enseigne lancée en 1975. Une ruse marketing de Jean Roset. Bien lui en a pris. Le développement de l’entreprise a été assuré grâce à cette vraie-fausse concurrence. Cinna et Ligne Roset confondus proposent chaque année une centaine de nouveaux produits. Cela en fait un Graal pour tout designer français. « Travailler pour Roset équivaut à travailler avec la principale entreprise française de mobilier contemporain », indique Philippe Nigro, auteur du canapé Confluences. Et la seule d’envergure internationale dans ce secteur en France. La liste des designers élus est longue : François Azambourg, François Bauchet, Noé Duchaufour-Lawrance, Benjamin Graindorge, Maria Jeglinska, Patrick Jouin, Eric Jourdan, Pascal Mourgue, Normal Studio, Patrick Pagnon et Claude Pelhaître, Inga Sempé, Pierre Charpin, Peter Maly, Didier Gomez… L’éclectisme des profils et des styles transparaît : jeunes inconnus sortis de l’école autant que stars confirmées. « Michel Roset est un curieux permanent. Si je n’avais pas l’entreprise Roset, je serais bien en mal de trouver autant d’opportunités d’édition pour les designers français, souligne Gérard Laizé, directeur du Via. Être aujourd’hui un industriel de produits manufacturés exige d’être courageux, d’autant plus quand l’entreprise, par éthique, fait le choix délibéré d’une localisation française. » Roset entretient une relation privilégiée avec le Via, cet organisme de valorisation de l’innovation financé par les producteurs de mobilier français. Jean Roset en fut l’un des fondateurs. Son fils Michel, qui en est le vice-président, sait, en bon directeur artistique, y dénicher les talents de demain. « Culture et industrie font bon ménage », martèlent Pierre et Michel Roset comme un credo pour l’avenir, à l’adresse de leurs fils respectifs qui viennent d’entrer dans l’entreprise : « Il faut avoir le courage de dire que c’est un métier très difficile qu’on ne fait bien que si on l’aime. »

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