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Ramadan : le vêtement traditionnel retrouve tout son éclat dans les souks marocains

À l’approche du mois sacré de Ramadan, les souks marocains retrouvent une effervescence particulière. Dans les médinas comme dans les marchés populaires, l’habit traditionnel s’impose à nouveau comme un incontournable des préparatifs. Plus qu’un simple achat vestimentaire, il s’agit d’un geste chargé de symbolique, d’un marqueur identitaire que les familles tiennent à préserver et à transmettre, au Maroc comme à l’étranger.

À Rabat, dans la rue des Consuls, les étals se parent de couleurs éclatantes malgré la grisaille hivernale. Les jellabas aux tons chauds, les gandouras légères, les jabador finement brodés et les caftans richement ornés attirent un flux continu de clients venus préparer le mois béni. L’odeur du thé à la menthe se mêle à celle de la « serghina » et de l’eau de fleur d’oranger, tandis que les négociations s’animent autour des étoffes et des pièces confectionnées par les maîtres artisans.

Pour de nombreuses familles, l’achat d’une tenue traditionnelle fait partie intégrante des préparatifs, au même titre que les produits du terroir consommés durant le Ramadan. Offrir un jabador à un enfant, une jellaba à un proche ou une gandoura pour les prières nocturnes relève d’un attachement profond aux traditions. Les Marocains résidant à l’étranger ne dérogent pas à cette règle. À chaque saison, les valises à destination de l’Europe ou d’ailleurs transportent non seulement des spécialités culinaires, mais aussi des vêtements traditionnels destinés à maintenir le lien culturel avec le pays d’origine.

Les commerçants anticipent cette demande bien en amont. Deux mois avant Ramadan, les nouvelles collections sont déjà en préparation. Les tissus sont sélectionnés, les finitions en « s’fifa » et en « âaqad » travaillées avec soin par les « mâallem », garants d’un savoir-faire transmis de génération en génération. La période la plus intense reste les dix jours précédant le début du mois sacré, moment où les achats s’accélèrent nettement.

La demande concerne toutes les catégories d’âge. Les hommes privilégient généralement jellabas et gandouras pour les prières et les veillées spirituelles, tandis que l’attention se porte progressivement sur les enfants à l’approche de l’Aïd Al Fitr. Les modèles destinés aux plus jeunes connaissent un succès particulier, portés par la volonté des parents de transmettre un héritage culturel dès le plus jeune âge.

À Bab Lhad comme dans d’autres marchés de la capitale, le commerce du vêtement traditionnel n’est plus exclusivement masculin. Des femmes entrepreneures s’imposent désormais dans ce secteur, renouvelant l’offre et diversifiant les collections pour répondre à une clientèle de plus en plus exigeante.

Au-delà de l’aspect commercial, cet engouement saisonnier traduit une réalité plus profonde. Le Ramadan agit comme un révélateur d’identité. Porter la jellaba ou le jabador durant ce mois ne relève pas uniquement de l’esthétique ; c’est affirmer une appartenance, raviver une mémoire collective et inscrire la tradition dans le présent.

À mesure que l’appel à la prière marque des pauses dans l’agitation des souks, les rideaux se baissent temporairement, mais l’activité reprend aussitôt. Chaque étoffe vendue raconte une histoire de transmission, chaque couture rappelle un savoir-faire ancestral. Ramadan, une fois encore, redonne au vêtement traditionnel marocain toute sa place dans le quotidien des familles et confirme son rôle central dans l’expression d’un patrimoine vivant.

Avec MAP

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