Formation continue : le CESE asssène une critique acerbe au dispositif actuel et recommande de la retirer à l’Ofppt!

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) estime qu’une réforme urgente de la formation continue dans le secteur privé est devenue indispensable pour répondre aux besoins du marché du travail et renforcer la compétitivité des entreprises marocaines. Dans un avis récemment publié, l’institution recommande notamment la création d’une instance nationale indépendante chargée du pilotage, du financement et de la gouvernance du dispositif.
À travers cette analyse, le CESE reconnaît les progrès réalisés ces dernières années. La formation continue s’est progressivement imposée comme un levier de développement du capital humain et d’accompagnement de secteurs stratégiques tels que l’automobile et l’aéronautique. L’adoption de la loi 60-17 a également permis d’élargir le champ des bénéficiaires et d’introduire de nouveaux mécanismes destinés à favoriser l’apprentissage tout au long de la vie professionnelle.
Malgré ces avancées, le Conseil considère que le système reste largement sous-utilisé. En 2022, seules 1.647 entreprises ont bénéficié des Contrats spéciaux de formation (CSF) sur près de 315.000 entreprises cotisantes, soit moins de 0,5 % du total. Les très petites, petites et moyennes entreprises demeurent les principales exclues d’un dispositif souvent jugé complexe et peu accessible.
Le CESE relève également que les travailleurs indépendants et non-salariés restent largement en marge du système actuel, tandis que la validation des acquis de l’expérience professionnelle demeure peu développée. Depuis 2008, moins de 1.500 personnes ont obtenu une certification dans ce cadre, alors même qu’une part importante de la population active ne dispose d’aucun diplôme reconnu.
Selon l’institution, plusieurs obstacles continuent de freiner le développement de la formation continue. Parmi eux figurent l’absence de certains textes d’application de la loi, la complexité des procédures administratives, les délais de remboursement souvent longs pour les entreprises et la forte concentration géographique de l’offre de formation autour de Casablanca.
Pour remédier à ces insuffisances, le CESE préconise l’instauration d’une véritable politique publique de formation continue fondée sur trois principes : faire de la formation un droit pour tous les travailleurs, une responsabilité partagée entre l’État et les employeurs et un facteur stratégique de compétitivité économique.
L’une des principales recommandations porte sur la création d’une instance nationale indépendante de l’OFPPT, dotée d’une gouvernance tripartite associant pouvoirs publics, employeurs et partenaires sociaux. Cette structure serait chargée du pilotage global du système, de la gestion des financements et de la mise en œuvre des programmes.
Le Conseil recommande également la création d’un fonds dédié alimenté notamment par 30 % de la Taxe de formation professionnelle (TFP), afin de garantir des ressources stables au développement de la formation continue.
La transformation numérique figure également parmi les priorités proposées. Le CESE appelle à la mise en place d’une plateforme nationale intégrée permettant de gérer l’ensemble du cycle de formation, depuis les demandes de financement jusqu’au suivi et à l’évaluation des résultats. L’objectif est de simplifier les démarches administratives et de réduire les délais de traitement.
Pour les TPE, le Conseil préconise une prise en charge intégrale des coûts de formation ainsi qu’un accès simplifié à des modules adaptés à leurs besoins. Il recommande également la mise en place d’un système de certification et d’accréditation des organismes de formation afin de garantir la qualité des prestations proposées.
Le CESE insiste enfin sur la nécessité de mieux valoriser les compétences acquises par l’expérience professionnelle, de renforcer le rôle des Groupements interprofessionnels d’aide au conseil (GIAC) et de développer des formats plus flexibles intégrant la formation à distance, les dispositifs hybrides et les modules de courte durée.
À travers ces propositions, l’institution souhaite faire de la formation continue un véritable outil de sécurisation des parcours professionnels, d’amélioration de l’employabilité et de soutien à la compétitivité des entreprises marocaines dans un contexte de transformations économiques et technologiques accélérées.
