Crédit immobilier: pourquoi les taux restent élevés malgré la baisse du taux directeur

Malgré un taux directeur maintenu à 2,25% depuis plus d’un an, les crédits immobiliers continuent d’afficher des niveaux supérieurs à 5%, alimentant l’incompréhension de nombreux ménages souhaitant accéder à la propriété.
Interrogé à ce sujet, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, rappelle que les prêts immobiliers répondent à une logique particulière liée à leur très longue durée. Accordés sur vingt ans, voire davantage, ils exposent les banques à un risque de taux qu’elles doivent intégrer dans leur politique tarifaire.
Depuis le début du cycle d’assouplissement monétaire, la Banque centrale a pourtant procédé à une baisse cumulée de 75 points de base de son taux directeur. Selon Bank Al-Maghrib, cette évolution s’est traduite par une diminution globale de 77 points de base des taux débiteurs pratiqués par les établissements bancaires.
Mais cette baisse n’est pas uniforme. Les crédits immobiliers restent soumis à des contraintes spécifiques. Si une banque accorde aujourd’hui un prêt à taux fixe sur vingt ans, elle prend le risque de voir ses propres coûts de financement augmenter dans les années à venir sans pouvoir répercuter cette hausse sur les emprunteurs. La marge financière s’en trouverait alors fortement réduite.
Cette gestion du risque explique pourquoi les établissements bancaires maintiennent des taux relativement élevés malgré un environnement monétaire plus favorable. La stabilité de l’inflation constitue néanmoins un facteur rassurant pour les ménages, puisqu’elle garantit une meilleure visibilité sur le coût réel du crédit à long terme.
Les dernières données de Bank Al-Maghrib montrent d’ailleurs une détente progressive des conditions de financement. Au premier trimestre 2026, le taux moyen des crédits immobiliers s’est établi à 5,13%, tandis que les prêts à l’habitat destinés aux particuliers se situaient à 4,66%. Une fois intégrés les frais d’assurance et la fiscalité applicable, le coût effectif du financement dépasse toutefois généralement le seuil des 5%.
Au-delà du niveau du taux directeur, le crédit immobilier reste donc déterminé par un équilibre complexe entre maîtrise de l’inflation, gestion des risques bancaires et capacité des ménages à supporter un endettement de long terme. Un rappel que la politique monétaire ne se traduit jamais mécaniquement dans le portefeuille des consommateurs.
Avec Le360
