Viande ovine à 160 DH le kilo: le grand fossé entre les chiffres officiels et le panier des ménages

La viande ovine atteint des niveaux de prix inédits au Maroc. Dans plusieurs villes, le kilogramme dépasse désormais les 160 dirhams, et peut même atteindre 200 dirhams pour certains morceaux, accentuant la pression sur le budget des ménages et ravivant les interrogations sur le fonctionnement de la filière.
Selon les données relevées sur les marchés de gros, le prix du kilogramme de viande ovine avoisine désormais 140 dirhams, contre à peine 58 dirhams en 2020, soit une hausse de plus de 140% en l’espace de six ans. Une évolution qui contraste avec les discours officiels évoquant un cheptel national suffisamment fourni pour répondre à la demande.
Cette situation alimente un sentiment d’incompréhension chez les consommateurs. Alors que les statistiques du ministère de l’Agriculture font état de plus de 23 millions de têtes ovines recensées dans le pays, les professionnels du secteur invoquent, eux, une insuffisance de l’offre pour justifier la flambée des prix.
Face à cette contradiction, les associations de protection des consommateurs réclament davantage de transparence sur l’évolution réelle du cheptel, les coûts de production et l’utilisation des soutiens publics accordés à la filière. Elles demandent également un renforcement des contrôles dans les marchés, les abattoirs et les circuits de distribution afin de lutter contre les phénomènes de spéculation et de concentration du marché.
La hausse actuelle remet également sur la table l’efficacité des différents contrats-programmes conclus entre l’État et les professionnels depuis 2009. Ces dispositifs, mobilisant plusieurs milliards de dirhams, avaient pour ambition d’augmenter la production nationale, d’améliorer les rendements et de moderniser les infrastructures d’abattage. Pourtant, les tensions persistantes sur les prix interrogent sur la capacité réelle de ces investissements à garantir une viande accessible aux consommateurs.
Au-delà des chiffres, la question est désormais celle du pouvoir d’achat. Pour de nombreuses familles, la viande ovine, longtemps au cœur des habitudes alimentaires, devient progressivement un produit occasionnel, voire inaccessible. Une évolution qui illustre le décalage croissant entre les objectifs affichés des politiques publiques et la réalité quotidienne des ménages marocains.
Avec Assabah
