Marché du travail 2025 : plus d’emplois créés, mais la précarité gagne du terrain

En 2025, le marché du travail envoie un message clair : l’économie recrute davantage, surtout en ville, mais peine encore à offrir des emplois stables et suffisants. Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP) montrent une amélioration en surface—plus d’emplois, un peu moins de chômage—mais aussi un signal d’alerte : le sous-emploi progresse, signe que beaucoup travaillent sans réellement s’en sortir (heures insuffisantes, revenus faibles, inadéquation formation-emploi).
193.000 emplois créés : un net rebond… porté par les villes
Entre 2024 et 2025, l’économie nationale a créé 193.000 postes, contre 82.000 l’année précédente. Cette dynamique est tirée par le milieu urbain (+203.000), tandis que le rural recule (-10.000).
Autre fait marquant : la création est essentiellement “rémunérée”. Le pays a gagné 249.000 emplois rémunérés, mais a perdu 55.000 emplois non rémunérés, souvent liés à l’aide familiale, particulièrement présente en milieu rural.
Services, BTP, industrie : les moteurs de l’emploi… l’agriculture décroche
La hausse de l’emploi s’explique par la progression de presque tous les secteurs, à l’exception d’un pilier historique :
- Services : +123.000 emplois (soutenus notamment par les activités financières, immobilières, techniques et les services sociaux).
- BTP : +64.000 emplois, signe d’un chantier économique encore dynamique.
- Industrie : +46.000 emplois.
- Agriculture, forêt et pêche : -41.000 emplois, avec une chute surtout rurale (-56.000), malgré une hausse en ville (+14.000).
Lecture Consonews : l’économie urbaine absorbe, l’économie rurale décroche—et l’agriculture reste le point de fragilité numéro un.
Chômage : une baisse légère, mais des catégories restent au rouge
Bonne nouvelle relative : le volume du chômage recule de 17.000 personnes pour atteindre 1.621.000 chômeurs. Le taux de chômage passe de 13,3% à 13% au niveau national, avec une baisse en urbain (16,9% → 16,4%) et en rural (6,8% → 6,6%).
Mais derrière la moyenne, les écarts persistent :
- Jeunes 15-24 ans : le chômage augmente (36,7% → 37,2%)
- Femmes : hausse nette (19,4% → 20,5%)
- Diplômés : léger recul, mais toujours élevé (19,1%)
Et surtout, le chômage se “durcit” : la part de ceux n’ayant jamais travaillé progresse (49,3% → 52,9%) et le chômage de longue durée augmente (62,4% → 64,8%). La durée moyenne de chômage grimpe à 33 mois.
Le vrai signal d’alerte : le sous-emploi augmente
C’est l’indicateur qui dérange : le sous-emploi passe de 1.082.000 à 1.190.000 personnes. Le taux monte de 10,1% à 10,9% au niveau national, avec une hausse plus forte en milieu rural (12,2% → 13,2%).
Cette progression touche tous les secteurs, avec un pic dans le BTP (19,6% → 21,7%). Le sous-emploi lié à l’insuffisance de revenu ou à l’inadéquation formation-emploi augmente aussi fortement (486.000 → 573.000).
Traduction simple : même quand on travaille, ce n’est pas toujours un emploi “qui fait vivre”.
Qui travaille au Maroc en 2025 ? Une photographie rapide
Le pays compte 10,867 millions d’actifs occupés, dont :
- 37,5% en milieu rural
- 20,3% de femmes
- 46,4% sans diplôme (contre 20,1% diplômés du supérieur)
L’emploi reste très concentré :
- Les services emploient près de la moitié des actifs (49,7%)
- L’agriculture pèse encore 25,5% (mais surtout en rural)
Côté statut, l’emploi salarial concerne 61% des actifs, mais la protection reste limitée : seulement 31,6% bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi (43% urbain contre 12,4% rural). Et parmi les salariés, un peu plus de la moitié (54%) disposent d’un contrat formalisé.
Régions : où se concentrent l’activité et le chômage ?
Cinq régions rassemblent plus de 72% des actifs : Casablanca-Settat en tête (22,6%), suivie de Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi, Fès-Meknès et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Côté chômage, les niveaux les plus élevés sont observés dans :
- Régions du Sud : 22,8%
- Oriental : 22,1%
- Fès-Meknès : 15,1%
- Casablanca-Settat : 14,6%
