Sardines : l’exportation désormais soumise à licence avec effet immédiat

Le gouvernement a décidé de passer à l’acte en imposant un encadrement plus strict des exportations de sardines fraîches ou congelées. À compter du 1er février 2026, ces exportations sont désormais soumises à l’obtention d’une licence, pour une durée de douze mois. La mesure a été officialisée par un arrêté du ministre de l’Industrie et du Commerce, publié au Bulletin officiel, et son application a été précisée ce lundi 2 février par une circulaire de l’Administration des douanes et impôts indirects.
Cette décision s’inscrit dans la continuité des déclarations faites le 5 janvier dernier par la secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, Zakia Driouich, devant la Chambre des représentants. Le gouvernement avait alors évoqué la possibilité de suspendre, pendant un an, les exportations de sardines congelées, avec pour objectif affiché de préserver l’approvisionnement du marché national et de protéger le pouvoir d’achat des ménages, dans un contexte de tension sur les prix des produits alimentaires.
Mais avant même son entrée en vigueur, la mesure a suscité une forte contestation au sein de la filière halieutique. La Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP) a exprimé son désaccord, estimant que la décision a été prise sans concertation préalable avec les professionnels du secteur, alors qu’elle concerne toute la chaîne de valeur, depuis la capture jusqu’aux unités de transformation et d’export.
Selon la Fédération, l’argument de la préservation de l’approvisionnement national reposerait sur une confusion. La sardine consommée sur le marché marocain, y compris pendant les périodes de forte demande comme le mois de Ramadan, provient principalement des ports du Centre et du Nord du Royaume. En revanche, la sardine congelée destinée à l’export est, elle, majoritairement issue des provinces du Sud. La FENIP estime donc que la restriction des exportations frappera en premier lieu ces territoires, où se concentre une part importante de l’activité.
La Fédération met en avant les retombées économiques et sociales du segment concerné. Les provinces du Sud abriteraient plus de 120 unités de congélation, représentant environ 50.000 emplois et plus de 4 milliards de dirhams d’investissements. Pour les industriels, une limitation de l’exportation, même temporaire, pourrait entraîner un choc sur l’activité, avec des conséquences directes sur l’emploi et sur la viabilité de certaines unités.
La FENIP conteste également l’idée selon laquelle cette mesure pourrait avoir un impact sur les prix à la consommation. Selon elle, les volumes concernés par l’export ne sont pas destinés au marché local, ce qui signifie que la restriction ne devrait pas se traduire par une baisse des prix pour le consommateur marocain. Elle rejette aussi l’argument d’un éventuel soutien à l’approvisionnement des conserveries, en rappelant que la sardine congelée destinée à l’export ne concurrence pas la conserve marocaine, les deux segments étant, selon les professionnels, complémentaires.
Sur le terrain, les premières tensions se sont manifestées dès ce lundi. Une source autorisée au sein de la FENIP a indiqué que plusieurs cargaisons de sardines ont été interdites d’accès à l’exportation dans les ports de Laâyoune et de Casablanca. Les opérateurs dénoncent une mise en œuvre jugée brutale, sans délai d’adaptation. «On ne décrète pas une licence avec effet immédiat. Ils auraient pu nous prévenir des mois à l’avance», regrette la même source.
La mise sous licence des exportations de sardines ouvre ainsi une nouvelle séquence de tension entre l’exécutif et les professionnels de la filière. D’un côté, le gouvernement met en avant la nécessité de sécuriser le marché national et de protéger le pouvoir d’achat. De l’autre, les industriels alertent sur les risques économiques et sociaux d’une mesure qu’ils jugent mal ciblée et potentiellement inefficace sur les prix. Les prochains jours devraient permettre de mesurer l’ampleur de l’impact sur les flux d’exportation et sur l’activité dans les provinces du Sud.
Avec Le360
