Médicaments : les dépenses grimpent à 642 DH par habitant, sous l’effet de la généralisation de l’AMO

Les dépenses pharmaceutiques poursuivent leur progression au Maroc. En 2024, la dépense moyenne annuelle en médicaments atteint 642 dirhams par habitant, confirmant une hausse continue portée par l’élargissement de la couverture médicale.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), qui couvre désormais près de 27,8 millions de bénéficiaires.
Une facture globale en forte hausse
Selon les données du Conseil de la concurrence, les dépenses en médicaments remboursées par la CNSS et la CNOPS ont atteint 11,86 milliards de dirhams en 2024, hors automédication.
Sur dix ans, la tendance est clairement orientée à la hausse, avec une accélération marquée à partir de 2022, coïncidant avec la mise en œuvre de la Couverture sanitaire universelle (CSU).
CNSS : une explosion liée à l’élargissement de la couverture
La progression est particulièrement marquée du côté de la CNSS. Les dépenses en médicaments ont été multipliées par sept en une décennie, passant de 1,17 milliard de dirhams en 2014 à 8,29 milliards en 2024.
Cette hausse s’explique principalement par l’élargissement rapide du nombre d’assurés, qui est passé de 8,6 millions en 2021 à 24,7 millions en 2024, sous l’effet de l’intégration des travailleurs non salariés et des populations auparavant couvertes par le RAMED.
CNOPS : une évolution plus contenue
À la CNOPS, la progression est plus modérée. Les dépenses en médicaments sont passées de 1,97 milliard de dirhams en 2014 à 3,58 milliards en 2024, soit une hausse de 81%.
Le nombre de bénéficiaires reste relativement stable, autour de 3,1 millions, avec une augmentation limitée du nombre de consommateurs.
Généralisation de la couverture : un facteur structurant
La montée des dépenses est directement liée à la réforme de la protection sociale, qui vise à améliorer l’accès aux soins à l’ensemble de la population.
L’intégration de plus de 11 millions de bénéficiaires issus du RAMED, désormais couverts dans un régime contributif avec prise en charge des cotisations par l’État, a mécaniquement élargi la base de consommation des médicaments.
Cette dynamique devrait se poursuivre dans les prochaines années, à mesure que l’accès aux soins se généralise.
Un niveau encore inférieur aux standards internationaux
Malgré cette progression, la consommation de médicaments au Maroc reste relativement faible en comparaison internationale.
À titre indicatif, les dépenses annuelles par habitant atteignent des niveaux nettement supérieurs dans plusieurs pays développés, dépassant largement les 5.000 dirhams en Europe et atteignant plus de 17.000 dirhams aux États-Unis.
Une marge de progression importante
Ces écarts traduisent à la fois un potentiel de croissance du marché pharmaceutique et des enjeux liés à l’accès aux soins et au pouvoir d’achat.
Si la généralisation de la couverture médicale contribue à stimuler la demande, elle pose également la question de la soutenabilité des dépenses à moyen terme.
Dans ce contexte, la maîtrise des coûts, l’encadrement des prix et l’optimisation du système de remboursement devraient rester au cœur des politiques publiques.
