Filière laitière : un pilier stratégique de la souveraineté alimentaire du Maroc

Après plusieurs années marquées par des épisodes successifs de sécheresse, la filière laitière nationale amorce une phase de redressement pour s’imposer comme un levier clé de la souveraineté alimentaire, grâce à sa capacité à assurer une couverture quasi intégrale des besoins du marché.
Portée par les efforts conjoints des pouvoirs publics et des professionnels, cette dynamique de relance se traduit par une amélioration progressive des principaux indicateurs du secteur.
La production nationale a ainsi atteint 2,25 milliards de litres en 2025, en rebond de 18% par rapport à 2023, permettant de rétablir un taux d’autosuffisance de 96%, voire 100% pour les produits de base.
“La filière laitière marocaine sort d’une période particulièrement éprouvante”, souligne le directeur général exécutif de la Fédération Interprofessionnelle de la Filière Laitière (Maroc Lait), Mohammed Raita, dans un entretien accordé à la MAP, à l’occasion du 18ème Salon International de l’Agriculture au Maroc (SIAM) qui se tient jusqu’au 28 avril à Meknès.
Parallèlement, M. Raita met en avant les effets conjugués des aléas climatiques et de la hausse des coûts des intrants, notamment l’alimentation animale.
Un maillage territorial au service de l’approvisionnement
Au-delà des performances conjoncturelles, la filière repose sur une organisation structurée qui lui permet d’assurer une présence effective sur l’ensemble du territoire. Elle mobilise 260.000 éleveurs, appuyés par un réseau dense de centres de collecte et d’unités de transformation, garantissant la disponibilité des produits laitiers jusque dans les zones les plus reculées.
Ce maillage constitue un atout majeur pour la souveraineté alimentaire, en assurant la continuité de l’approvisionnement du marché national et en limitant le recours aux importations.
“La filière remplit simultanément des fonctions économiques, sociales et alimentaires”, explique M. Raita, soulignant son rôle dans la structuration du tissu rural.
Avec un chiffre d’affaires estimé à 14 milliards de dirhams (MMDH), dont 50% sont directement reversés au monde rural, le secteur contribue également à la stabilisation des revenus et à la création d’emplois, consolidant ainsi son ancrage territorial.
Toutefois, si cette dynamique de relance est encourageante, elle s’inscrit dans un contexte encore marqué par plusieurs contraintes structurelles qui appellent à une consolidation progressive des acquis.
La filière demeure en effet fortement exposée à la volatilité des coûts des intrants, notamment ceux liés à l’aliment du bétail, qui représentent entre 60% et 70% du coût de revient du lait, d’après le directeur général exécutif de Maroc Lait.
Il a, dans ce sens, noté que cet aliment a enregistré une augmentation de plus de 80% depuis 2020, fragilisant durablement les revenus des éleveurs.
À cela s’ajoute la fragmentation de l’amont, caractérisée par la prédominance de petites unités de production. Près de 90% des 260.000 éleveurs disposent de moins de 10 vaches, ce qui limite les gains de productivité et maintient les rendements à des niveaux en deçà des standards des exploitations modernes.
Un autre enjeu majeur réside dans le niveau de consommation nationale, qui reste relativement modeste, autour de 75 litres/habitant/an, en dessous des recommandations nutritionnelles internationales, fait remarquer M. Raita, jugeant que cette faiblesse de la demande bride mécaniquement la locomotive de la filière.
Par ailleurs, le poids du circuit informel, estimé entre 20% et 30% des volumes écoulés, continue d’affecter la structuration du secteur, notamment en matière de traçabilité, de sécurité sanitaire et de valorisation de la production.
Une relance à inscrire dans la durée
Dans ce contexte, la consolidation de la filière passe par l’activation de leviers structurants visant à renforcer sa résilience et à améliorer son intégration.
Parmi ces leviers figure la modernisation de l’amont, à travers notamment l’amélioration génétique du cheptel, la production nationale de semences, la digitalisation de la filière, la formation et l’encadrement de proximité, ainsi que la résilience hydrique et fourragère, détaille M. Raita.
La question de la saisonnalité constitue également un enjeu central. Le décalage entre les périodes de forte production et les pics de consommation génère des déséquilibres qui impactent les revenus des éleveurs.
Dans ce cadre, le directeur général exécutif de Maroc Lait met l’accent sur la proposition d’un mécanisme national de séchage du lait excédentaire (capacité industrielle existante supérieure à 50.000 tonnes/an) permettant de garantir aux éleveurs l’écoulement de 100% de leur production, de constituer des réserves tampons en poudre et de dégager des capacités d’export vers l’Afrique et le Golfe.
L’amélioration récente des conditions climatiques offre, par ailleurs, des perspectives plus favorables pour la filière, à même de pouvoir reconstruire les stocks fourragers et réduire la pression sur les coûts de production.
À moyen terme, l’ambition est de porter la production nationale à 3,5 milliards de litres à l’horizon 2030, tout en améliorant les niveaux de productivité et en renforçant la compétitivité du secteur.
“Les indicateurs de redressement sont tangibles, les leviers sont identifiés et le modèle de gouvernance a démontré sa robustesse. L’engagement continu de l’État, aux côtés de Maroc Lait et de l’ensemble des professionnels de l’amont et de l’aval, permettra de transformer la reprise actuelle en croissance structurelle, au service de la souveraineté alimentaire, de l’inclusion rurale et de la compétitivité agroalimentaire du Royaume”, souligne M. Raita.
Dans un contexte où la sécurité alimentaire s’impose comme une priorité stratégique, la filière laitière apparaît ainsi comme un levier structurant, appelé à jouer un rôle déterminant dans l’édification d’un modèle agricole plus résilient, performant et durable.
MAP

