Aérien : Le Maroc et l’Inde à la recherche de la ligne directe

L’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) explore activement l’ouverture d’une liaison aérienne directe entre le Royaume et le sous-continent indien. Si l’ambition est claire, l’équation économique impose encore de patienter jusqu’à atteindre une masse critique de voyageurs.
C’est un serpent de mer qui commence à prendre une forme très concrète. En marge d’une table ronde organisée à Chennai, les responsables du tourisme marocain ont de nouveau mis sur la table le dossier d’une ligne aérienne directe entre le Maroc et l’Inde. L’objectif est stratégique : capter une part plus importante de l’immense réservoir de croissance que représente la classe moyenne indienne, de plus en plus friande de destinations exotiques et haut de gamme.
Pourtant, le pragmatisme reste de mise. Selon Jamal Kilito, country manager de l’ONMT, le lancement d’une telle liaison est conditionné par un seuil de rentabilité strict. Avec 54 000 visiteurs indiens enregistrés en 2025 et une projection à 70 000 pour l’année en cours, le flux reste encore en deçà de la barre fatidique des 100 000 voyageurs annuels, jugée nécessaire pour garantir la viabilité commerciale des vols.
Le frein du « hub » et des tarifs
Pour l’heure, le voyageur indien désireux de fouler le sol marocain doit s’armer de patience. L’absence de vol direct impose des escales prolongées dans les hubs du Moyen-Orient ou d’Europe, rallongeant considérablement le temps de trajet. Cette contrainte logistique s’accompagne d’un frein financier non négligeable : le prix d’un billet aller-retour avoisine les 80 000 roupies, un tarif comparable à celui des grandes capitales européennes, ce qui limite mécaniquement la compétitivité de la destination Maroc face à des concurrents plus accessibles.
Mariages, MICE et Bollywood : Les leviers de croissance
Malgré ces obstacles, l’attrait pour le Royaume ne se dément pas. Le Maroc a réussi à se forger une image de marque de prestige auprès d’une clientèle indienne spécifique. Chaque année, une dizaine de mariages indiens fastueux sont célébrés dans le Royaume, tandis qu’une quinzaine de groupes liés au secteur MICE (congrès et séminaires) choisissent nos infrastructures.
À cela s’ajoute l’influence indéniable du septième art. Soutenues par des subventions gouvernementales, plusieurs productions de Bollywood ont choisi les décors naturels du Maroc pour leurs tournages, agissant comme de véritables vitrines promotionnelles auprès du grand public indien.
L’introduction de vols directs ne serait donc pas seulement une commodité logistique, mais un accélérateur de croissance capable de faire chuter les tarifs et de démocratiser la destination. En attendant que le cap des 100 000 touristes soit franchi, le Maroc continue de tisser sa toile en Inde, conscient que la bataille du tourisme mondial se jouera en grande partie sur ce marché émergent.
Avec L’Opinion
