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Désenchantement politique : Le fossé se creuse avec la jeunesse marocaine

Un nouveau sondage d’Afrobarometer livre un diagnostic sans concession : deux tiers des 18-35 ans boudent les institutions classiques. Si la méfiance envers les partis et les élus reste tenace, les jeunes n’abandonnent pas pour autant l’idéal démocratique, qu’ils réinventent sur les réseaux sociaux.

Le constat est rude pour la classe politique nationale. Selon les données relayées par le quotidien Assabah ce mercredi 25 mars 2026, seuls 33 % des jeunes Marocains déclarent accorder leur confiance aux acteurs politiques. Ce chiffre, qui place le curseur de la défiance à plus de 66 %, souligne une fracture générationnelle persistante : les plus de 55 ans affichent, de leur côté, un taux de confiance nettement plus élevé, frôlant les 40 %.

Une méfiance nourrie par le spectre de la corruption

Qu’il s’agisse du Gouvernement, du Parlement ou des communes, le verdict de la jeunesse est quasi uniforme. Si le Parlement s’en tire avec un léger avantage (37 % de satisfaction), les partis politiques et l’exécutif ferment la marche avec à peine un tiers d’avis favorables.

Le moteur de ce désamour ? La perception d’une corruption qui gangrènerait les rouages de la gestion publique. Les conseillers communaux arrivent en tête des griefs (33 %), suivis de près par les parlementaires (32 %) et les responsables de la Primature (27 %). Pour une large partie des sondés, l’absence de transparence et les défaillances de la reddition des comptes constituent les principaux obstacles à un réengagement serein.

Des « citoyens numériques » exigeants

Pourtant, ce retrait des urnes et des structures partisanes (seuls 8 % des jeunes sont affiliés à un parti) ne signifie pas un désintérêt pour la chose publique. Au contraire, la jeunesse marocaine se montre plus exigeante que jamais sur les principes :

  • Reddition des comptes : 67 % des sondés exigent que le Chef du Gouvernement soit soumis à un examen rigoureux de sa gestion devant le Parlement.

  • État de droit : 63 % réclament un respect strict des lois et des décisions de justice.

  • Civisme : Malgré la méfiance, 40 % des jeunes se disent prêts à aller voter lors des prochains scrutins.

Les réseaux sociaux, nouveau Parlement de la jeunesse

Faute de se reconnaître dans les sièges des partis, les 18-35 ans ont déplacé le centre de gravité du débat vers la sphère numérique. Les réseaux sociaux sont désormais perçus comme le véritable terrain « institutionnel » d’expression. C’est là que se forge l’opinion, que se lancent les alertes et que se structure une participation politique d’un genre nouveau, plus directe et moins protocolaire.

Pour les observateurs, le défi est désormais de transformer cette vitalité numérique en une force de proposition capable de réintégrer le circuit institutionnel, avant que le « verre à 33 % plein » ne finisse par s’évaporer totalement.

Avec Assabah

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