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Le RNI se prépare à diriger les secteurs sociaux

Le RNI veut détrôner le PJD. Il affûte à ce dessein ses armes et compte agir sur tous les fronts pour remporter la bataille de septembre 2021, notamment en activant le levier des secteurs sociaux. Mais, est-ce que le programme, dévoilé récemment, répond aux attentes de la classe moyenne ? Tour d’horizon.

Selon les observateurs, le RNI pourrait occuper la deuxième place lors des prochaines législatives. Mais le parti piloté par Aziz Akhannouch ne compte pas se contenter de cette position. Il veut à tout prix mettre fin à dix ans de gouvernance du PJD et diriger la future coalition gouvernementale. Dans
cette perspective, la vision pour les cinq prochaines années a été dévoilée. «Nous avons commencé le travail depuis 4 ans déjà. Et avons effectué une tournée dans les douze régions du Maroc. Cette tournée de « 100 villes, 100 jours » a permis de rencontrer plus de 300.000 marocains, sonder leurs besoins, mettre le doigt sur leurs difficultés et concevoir une offre centrée autour de trois secteurs prioritaires : l’éducation, la santé et l’emploi », explique Lahcen Al-Saadi, président de la jeunesse du RNI tout en précisant que l’objectif du parti est de proposer des mesures qui touchent directement le citoyen et améliorent son niveau de vie au quotidien.
La vision du RNI est déclinée en cinq engagements : protection sociale contre les aléas de la vie, système de santé digne, emplois pour tous, école de l’égalité et administration à l’écoute. Ces engagements comportent 25 mesures dont certaines s’adressent à la classe moyenne en particulier.
« Cette classe qui a subi de plein fouet les frais des différentes politiques mises en place par les gouvernements successifs », admet Al-Saadi arguments à l’appui: «les tarifs de la santé ont augmenté, ceux de l’enseignement aussi. La réforme de la retraite bloque, le système de la protection sociale n’est pas généralisé… ». « Le poids devient lourd et la classe moyenne agonise « , se désole-t-il.
Constat ainsi dressé, situation alarmante reconnue, mais quelles solutions pour sauver le soldat Classe Moyenne ? Le RNI mise d’abord sur la protection sociale répond notre interlocuteur. «La généralisation de la couverture sociale est un chantier royal. Et le RNI va mettre tous les moyens pour relever ce défi. Surtout que de nombreuses personnes de la classe moyenne supportaient les frais liées à l’hospitalisation et les soins médicaux de leurs parents, frères et soeurs … Une personne en activité peut prendre en charge toute une famille. Si on généralise la couverture sociale, on réduit sensiblement le poids que supportait cette classe », détaille Al-Saadi. Pour les personnes dont l’âge dépasse les 65 ans ne disposant pas de revenus, le parti de la colombe prévoit de mettre en place le revenu « karama ». «Près d‘un million de personnes sont concernées par cette mesure. Et le revenu sera de 1.000 DH par personne mensuellement d’ici 2026». Au niveau des allocations familiales, le RNI veut les généraliser à toutes les familles avec enfants, avec l’objectif de maintenir la scolarisation dès 2022. A cet égard, le soutien sera modulé: 300 dirhams mensuels d’allocations jusqu’au troisième enfant, sous condition de scolarité; 2.000 dirhams de prime de naissance pour le premier enfant, 1.000 dirhams pour le second.

Un fonds solidaire prévu

Dans le secteur de l’enseignement, le RNI entend créer une égalité des chances entre le public et le privé et rendre à l’école publique ses lettres de noblesse. «Dans les conditions actuelles, la classe moyenne est obligée d’inscrire ses enfants dans des écoles privées à la quête d’une meilleure qualité. Il faudra donc promouvoir l’école publique. Et cela passe nécessairement par la revalorisation du métier de l’enseignant qui verra son salaire
de début de carrière bonifié de 2.500 DH », promet Lahcen Al-Saadi ajoutant la volonté de généraliser les écoles communales, le transport et la cantine scolaires ainsi que le préscolaire pour tous les enfants dès l’âge de quatre ans.
Au niveau de la santé, le RNI veut doubler le budget du secteur pour la mise à niveau des hôpitaux et la construction de nouveaux dispensaires dans diverses régions. Au programme, figure également la mise en place du tiers payant pour les consultations, les soins et les médicaments.
Il s’agit aussi, d’après Lahcen Al-Saadi, d’instaurer le fonds solidaire de Zakat Al Mal qui sera alimenté via les contributions émanant des entreprises privées, des particuliers… Une partie de ces fonds sera destinée au financement de la santé.

Un programme spécial pour les jeunes

Les jeunes ont aussi leur place dans le programme du RNI. «On prévoit de mettre en place une carte qui permettra aux jeunes de bénéficier de divers services avec des tarifs préférentiels. Ce genre de mesures contribuera à améliorer sensiblement le pouvoir d’achat des ménages », insiste Al-Saadi. Dans le rural, les Rnistes comptent mettre en place les moyens nécessaires pour faire émerger la classe moyenne rurale. «400.000 ménages ruraux pourront accéder à la classe moyenne grâce au soutien et l’accompagnement de jeunes entrepreneurs agricoles» conclue le président de la jeunesse du parti.

“ Nous aurons besoin de 55 milliards de dirhams pour financer notre programme ”

Lahcen Al-Saadi, président de la jeunesse du RNI

Comment le RNI compte atteindre les objectifs affichés dans son programme électoral ?

Pour élaborer cette vision pour les cinq prochaines années, le RNI s’est basée sur une approche participative. Le programme est un programme émanant
des marocains et pour les marocains.
L’offre a été conçue en allant au contact de la population pour déceler leurs besoins tout en tenant compte des problématiques générées par la pandémie
de Covid-19. Les objectifs affichés sont atteignables grâce aux compétences du parti qui a prouvé son efficacité dans la gestion des départements économiques, et qui vise aujourd’hui à piloter les secteurs sociaux notamment celui de la santé, de l’enseignement et de l’emploi.

Quelle stratégie prévue pour promouvoir l’emploi des jeunes ?

Le parti veut créer un million de postes pour relancer l’économie après la crise du Covid-19. Il est question d’encourager la production nationale et soutenir la compétitivité du «Made in Morocco».
Notre objectif est de substituer 30% des importations par des produits nationaux et garantir la préférence nationale dans les marchés publics. Cette mesure permettra non seulement de préserver l’emploi actuel mais de créer de nouveaux postes

A combien vous évaluez le coût de la mise en oeuvre de votre programme électoral ?

Ce programme va nous coûter quelques 55 milliards additionnels chaque année soit 275 MMDH en cinq ans. On ne va pas toucher le pouvoir d’achat des citoyens.
Il n’y aura ni augmentation au niveau de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ni de l’impôt sur le revenu (IR), ni l’impôt sur les sociétés (IS). Mais le financement se fera en incitant les entreprises à s’acquitter convenablement de leurs impôts et la réallocation de certaines dépenses au service de ces chantiers prioritaires pour plus d’efficience budgétaire. Il s’agit aussi de pousser les opérateurs du secteur informel à passer au formel et de capter un flux considérable d’investissements étrangers dans divers secteurs.

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