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Adil Lamnini: Il est plus que nécessaire de mettre en place une cartographie réelle et régionale du Made in Morocco

Etat des lieux du made in Morocco, son avenir, les obstacles liés à son développement et facteurs clés de succès d’un projet qui fait beaucoup parler de lui à l’heure actuelle… Eclairage du président de l’association professionnelle des marques marocaines, (APMM), Adil Lamnini.

Le Made in Morocco, tout le monde en parle. Mais quel est, aujourd’hui, le réel état des lieux?

Adil Lamnini : Effectivement, tout le monde parle du Made in Morocco. Et nous sommes engagés aujourd’hui, dans la dynamique qui a été enclenchée lors de la période covid , impulsée par le ministère de l’Industrie et du Commerce et qui consiste à mettre en avant des industries résilientes productrices de valeur ajoutée, créatrices d’emplois…. c’est la cas dans le secteur automobile, ou encore celui aéronautique et bien d’autres activités. Mais, ce qu’il faut souligner, c’est que nous constatons une augmentation très importante au niveau des exportations des produits agricoles marocains, expédiés avec un label Made in Morocco, essentiellement vers des pays européens. Cela nous permettra demain, de renforcer notre positionnement africain par rapport à ces marchés porteurs.  Une chose à signaler, il y a une nouvelle donne à prendre à considération.  Dans un nouveau contexte volatile, incertain, complexe et ambigu (VICA), nous assistons à un véritable bouleversement et nous subissons les impacts des problèmes géopolitiques actuels. Tout cela, ne fait que renforcer le discours porté par l’APMM depuis plus de 8 ans axé sur  la souveraineté nationale. Et on ne peut atteindre cet objectif sans le renforcement du Made in Morocco.

Comment booster alors ce Made in Morocco ?

D’abord, il est plus que nécessaire de mettre en place une cartographie réelle et régionale du Made in Morocco pour  avoir une idée sur ce qui est produit, ce qui est exporté et définir ce dont a besoin pour être les plus indépendants possible. Dire que nous pourrons être indépendants à 100%, c’est utopique. Mais, il faudra se focaliser surtout ce qui est stratégique et s’orienter par exemple, dans le secteur agricole, vers des cultures comme les céréales, le tournesol…On ne peut plus se permettre aujourd’hui dans un pays comme le Maroc, qui est un important consommateur d’huile de table, de ne pas disposer d’une production locale qui puisse couvrir au moins une partie de ses besoins. Il faudra donc encourager l’entrepreneuriat agricole dans ces cultures de sécurisation. Aussi, il est important de souligner qu’aujourd’hui, l’agrotech doit être une priorité pour les pouvoirs publics. Il faut innover dans le Made in Morocco et cela nécessite la mise en place de nouvelles stratégies, le recours à de nouvelles techniques de prospection… Imaginons que la production est là, le marketing territorial aussi, encore faut-il rassurer les consommateurs internationaux. Le fait aujourd’hui de ne pas pouvoir créer une traçabilité des produits marocains crée une méfiance chez ce consommateur.

Quelles seront donc les conditions de réussite d’un tel projet ?

Pour réussir ce pas il faut que la législation suive. Ainsi, il faut d’abord modifier la loi régissant l’ONSSA, mettre en place des organismes de certification et de contrôle… et cela nécessite une vraie concertation. Le Made in Morocco souffre aujourd’hui d’un problème de dispersion entre différents départements, de multiplicité d’interlocuteurs. L’idéal serait de rationnaliser les investissements pour générer de la plus value réelle pour le consommateur et aussi pour nos PME/PMI marocaines d’où la nécessité et l’urgence de créer une agence Made in Morocco indépendamment de tout tiraillement politique et tout intérêt économique, qui sera cet interlocuteur unique qui permettra cette synergie entre les différentes parties prenantes.

Qu’en est-il de la compétitivité et la perception vis-à-vis du made in Morocco qui font défaut aujourd’hui ?

Effectivement, ce sont les principaux obstacles à lever. Pour la compétitivité, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un petit marché et forcément nos volumes de production ne permettent pas de créer des économies d’échelle qui permettent d’avoir un prix compétitif contrairement à d’autres pays comme la Chine qui compte plus d’un milliard de consommateurs. Il faut garder à l’esprit que le Made in Morocco est un produit de qualité. Toutefois, la problématique de  la perception réside dans le fait qu’il y a un déficit de communication de la part des PME marocaines contrairement aux grandes entreprises ou les multinationales qui, grâce à la communication, ont pu construire une image associée à la qualité.

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