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Edito : Meta narcissisme

Au Maroc, on assiste récemment à une nouvelle tendance dans les shows artistiques : la montée de concerts live sans chanteur, où c’est le public qui chante. On peut analyser cette vague à partir de plusieurs angles, mais il me semble que le prisme psychologique est bien pertinent à ce niveau. Il s’agit clairement d’un narcissisme collectif qui consiste à flatter l’égo du public en lui accordant la place du chanteur. Le message est simple : « tu as une belle voix, on a tous une belle voix, cesse de chanter sous la douche et prend les devants de la scène ». D’ailleurs, c’est le même procédé qui est à l’œuvre avec les selfies et les filtres cosmétiques digitaux: « tu es beau/belle, on l’est tous… affiche toi sans crainte » ! C’est également la même chose sur un réseau social comme Facebook où l’on peut parler de sujet très sérieux sans avoir besoin de posséder les prérequis intellectuels nécessaires. « Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d’imbéciles qui avant ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel », disait à ce propos le philosophe italien Umberto Eco.
Mais, aujourd’hui, avec l’IA et ChatGpt, en particulier, c’est le stade ultime de crépuscule des idoles des idoles 4.0. L’imbécile ou juste le non spécialiste a l’outil révolutionnaire qui lui permet d’être au même niveau (j’exagère) qu’un Prix Nobel, une sorte de filtre Insta appliqué au QI. Et le tour narcissique est joué : « je suis (enfin !) beau et intelligent » !
Sauf que, comme dans le mythe de Narcisse, ChatGpt n’est que le reflet de l’intelligence humaine qui le commande. Et comme dans la légende, le risque d’un péril, collectif cette fois, n’est pas exclu.

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